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L’austérité économique n’affecte pas les dépenses militaires

Pierre Haski, 2 juin 2010

Quelle époque formidable ! La planète implose à cause de la dette publique, on rogne sur les dépenses de santé ou d’éducation, les problèmes alimentaires mondiaux sont loin d’être réglés, la pénurie d’eau menace… Mais il est un secteur qui se porte à merveille : les dépenses militaires mondiales, qui enregistrent en 2009 une croissance de 8% sur l’année précédente et un bond spectaculaire de 49% depuis l’an 2000. Le XXIe siècle est bien parti.

Chaque année, le rapport du l’Institut international de recherches sur la paix de Stockholm (Sipri), rendu public mercredi et qui fait référence en la matière, fournit la même matière à s’indigner, ou tout au moins à regarder avec un brin de cynisme la façon dont tourne la planète.

Au total, les dépenses militaires planétaires se sont élevées l’an dernier à 1 531 000 000 000 dollars. Ne cherchez pas à prononcer ce chiffre, il est trop gros pour entrer dans notre domaine lexical. La somme est coquette aussi en euros, même avec la baisse de la devise européenne : 1 254 457 732 271 euros.

A eux cinq, les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, qui sont censés être un peu les consciences du monde, couvrent 61% de cette somme, avec les Etats-Unis qui, à eux seuls, représentent près de la moitié de ces dépenses : 49%.

Plus fort encore, s’agissant des Américains, ils représentent 54% de l’augmentation des dépenses enregistrée entre 2008 et 2009, ce qui n’est sans doute pas près de s’arrêter avec l’accroissement des effectifs engagés en Afghanistan, parallèlement à la poursuite de la guerre d’Irak.
Les dépenses militaires grecques épinglées

Mais les cinq « grands » ne sont pas seuls fautifs : plus des deux tiers des états du monde ont accru leurs dépenses militaires l’an dernier, la plus forte hausse ayant été enregistrée dans la zone Asie-Pacifique.

Avec une pointe d’humour presque britannique, le Sipri souligne :

« Les effets profonds de la crise financière globale et de la récession économique n’ont semble-t-il eu que très peu d’effet sur les dépenses militaires mondiales. »

Cette question a été débattue lors de la crise grecque, ce pays ayant des dépenses militaires bien supérieures à la moyenne européenne en raison de ses relations tendues avec son voisin turc.

Le Sipri met en avant cinq pays -Etats-Unis, Chine, Russie, Inde et Brésil-, anciennes et nouvelles puissances du monde multipolaire, et souligne que pour eux, les dépenses militaires constituent un « choix stratégique important qu’ils sont prêts à réaliser même dans des périodes économiques plus difficiles ».

Dans le nouveau paysage mondial, le rapport du Sipri constitue un des baromètres permettant de savoir comment va la planète. La réponse est simple : mal.


Voir en ligne : Le site du SIPRI (en anglais)