Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

LES CAMPS DE LA HONTE

Lamia KAGHAT, 2 mai 2010

Alors que les relations entre le HCR et le Front Polisario sont au plus bas, un crime odieux a été perpétré , dans les camps de Tindouf . Une affaire de mœurs qui est devenu une affaire d’Etat.

Un viol collectif à été commis récemment à l’encontre d’une fonctionnaire algérienne du Haut Commissariat pour les Réfugiés, Mme Rahmouna Dahousse. En ce début d’année 2010, la criminalité semble avoir effectué un bond au sein même des camps de Tindouf . Et suite à ce fait, une question s’impose : faut-il voir une quelle conque concomitance curieuse entre le viol de la fonctionnaire et le bras de fer que se livrent le HCR et le Front Polisario ? Visite guidée dans les camps de la honte.

Bras de fer entre HCR et front Polisario

Depuis plusieurs mois, une guerre froide sans mercis se livre entre le HCR et le Front Polisario sous différentes formes. Malversations, déformations d’informations, ou encore intimidations, tous les coups sont permis par le Front Polisario sur les camps de la honte . Prenons l’exemple de l’organisme onusien lorsqu’il estime, suite à un recensement, que le nombre d’habitants des camps ne dépasserait pas 90 000 personnes, et voilà que le double de ce chiffre est régulièrement annoncé par la direction du mouvement Front Polisario. Des contradiction similaires qui paraissent anodines, servent pourtant les intérêts du Front Polisario. Et c’est là que subsiste tout le problème . Pourtant, l’origine de ce bras de fer est ce simple combat que livrent les ONG pour la vérité et la transparence . D’ailleurs, pour revenir au dossier de Rahmouna , des condamnations fermes du viol collectif sont attendues incessamment, émanant d’Amnesty International et Human Rights Watch. Mais aujourd’hui, le sujet est plus large qui n’y paraît et pose un certain nombre de problèmes quant à l’avenir des fonctionnaires internationaux opérants dans les camps, mais également celui des militants associatifs, représentants d’ONG qui soutiennent les populations sahraouies vivant dans les camps.

Plan « Vigi-attaques » : Livré à soi-même

En effet, face à la montée de l’insécurité, la précarisation des conditions de vie des sahraouis vivant sous l’autorité du Front Polisario, quels sont les risques réels encourus par ces personnels qui remplissent un rôle précieux ? Malheureusement, il est difficile de répondre à cette question, car les demandes répétées d’inspection des camps sont régulièrement rejetées par l’autorité administrant militairement les camps et leurs abords, la République Algérienne. Elle estime que toute inspection des camps par l’ONU équivaudrait à remettre en cause sa souveraineté. Cette position, soutenue depuis toujours par Alger, semble de plus en plus difficile à tenir à l’aune de ce nouveau scandale qui vient fragiliser le travail des humanitaires se trouvant sur place. En tous les cas, la justice algérienne devra se prononcer sur ce dossier, puisqu’une plainte a été déposée par Mme Dahousse, avec le soutien de sa hiérarchie au sein du HCR, qui voudrait qu’une peine exemplaire soit prononcée à l’égard des criminels. Au sein du département dirigé par Mourad Medelci, le ministère des affaires étrangères algérien, l’on est de plus en plus embarrassé par le manque de gestion sécuritaire des camps de Tindouf. Cette situation crée par conséquent des incidents quasi-quotidien avec la MINURSO, dont le ministère des affaires étrangères algérien doit ensuite assumer les conséquences auprès des instances internationales. Surtout qu’il serait question , sur le plan de route, uniquement de « recommandations » plutôt que de réelles actions de l’Etat pour assuré la sécurité des résidents de ses camps. Et la non-assistance d’une personne en danger, est punie par la loi, et que serait-ce alors pour tout un peuple qui se compte par millier.

La « tournante »

Human Rights Watch et Amnesty International ont tiré la sonnette d’alarme, vu le nombre alarmant de femmes victimes de viol collectif de la part des forces du front Polisario . Cette pratique quasi-quotidienne est connue sous le nom de la « tournante ». Sous couvert du silence depuis très longtemps, l’affaire « Rahmouna » a levé à elle-seule la voix de plusieurs femmes victimes sur les camps de Tindouf . Cette histoire dramatique d’un grand nombre de femmes sahraouies qui ne cesse de se répéter, devait dépasser les murs de ces camps, pour rétablir la vérité. Rahmouna Dahousse, en a fait son cheval de bataille. Elle a rendu cette affaire publique, et c’est bien l’une des rares femmes qui a oser le faire. Elle a trouvé sa force dans sa souffrance mais surtout grâce au statut, de haut fonctionnaire du HCR, qui lui a conféré un certain soutien non négligeable en dehors de ces camps. Les ONG internationales la soutiennent dans son combat avec ferveur et dans une volonté que justice soit faite . Suite à cela, elle a donc décidé de se battre dans une dimension plus large : la scène « internationale ». Et c’est là toute la différence. Quant bien même victimes , combien et comment les femmes sahraouies peuvent-elles accuser leur bourreaux sur leur territoire et sous leur autorité . En effet sur ces camps de la honte , où subsiste l’insécurité, l’humiliation, et la loi du plus fort, l’ingérence n’a pas sa place . Cette philosophie contre toute éthique , pousse ses limites jusqu’à l’extrême : rendre un crime reconnu par le droit international, comme une pratique courante, normale et quasi-quotidienne, et ce ,sans aucunes impunités possibles . L’’Etat complice du silence, ne pourra pas échapper cette fois-ci à cette affaire et devra rendre des comptes aux juridictions internationales.

L’affaire « RAHMOUNA

Alors qu’elle se rendait en tournée d’inspection dans les camps administrés par le Front Polisario, dans le sud-ouest algérien, Rahmouna Dahousse, aurait été victime d’un viol collectif perpétré par trois individus au visage masqué, en plus d’avoir subi des coups et des blessures . Celle-ci, après une nuit de cauchemar , a été abandonnée au petit matin et recueillit par la police militaire . Suite à quoi elle a été emmenée au dispensaire pour un contrôle médical. Le constat du médecin de garde a été formel quant à un éventuel viol collectif perpétré contre la victime avec coups et blessures prononcés. Le médecin lui a préconisé un arrêt maladie de deux mois. Après avoir enduré un tel drame, toute femme violée a droit à une assistance psychologique, plutôt qu’une simple ordonnance. Mais dans les camps de Tindouf cela se passe ainsi. Rahmouna Dahousse est cette femme qui a vécu le drame de plusieurs femmes sahraouies, mais qui a pu donner malgré cela, une voix à cette souffrance .

Intimidation , dissuasion, injures…

Ayant trouver la force de se battre jusqu’au bout et de pousser ses limites , le Front Polisario a tout fait pour l’en dissuader. Leur stratégie étudiée consistait à jouer sur le terrain de la « Femme ». La carte maîtresse était, Khadija Hamdi, l’épouse du secrétaire Général du Polisario. Celle-ci a été envoyé en tant que médiateur du Front Polisario afin de trouver un terrain d’entente à « l’amiable » de femme à femme. Mais y-a-t-il matière à discuter sur un sujet pareil et qui plus est avec un interlocuteur « ennemi ». Tout cela n’a pas de sens. Et Rahmouna, a bien fait entendre sa volonté de se battre pour sa dignité, qui n’a pas de prix. Elle a donc refusé la compensation financière proposée par le Front Polisario pour les préjudices subits. Drôle de façon de la part de Khadija Hamdi de compatir a un mal récurant et omniprésent. Frustrée et dans une colère folle, la femme du responsable du Front Polisario, est allée jusqu’à accuser Rahmouna Dahousse d’avoir « provoqué » ses agresseurs, en portant une tenue « tentante ». Une façon de dire que ce qui lui est arrivé, elle le méritait .

A travers son rôle de femme et de fonctionnaire du HCR, cette affaire fait écho à deux problèmes : celui du viol collectif, et celui de l’insécurité des fonctionnaires des ONG internationales dans les camps de Tindouf. Surtout lorsque le responsable de la MINURSO, reconnaît que la sécurité des fonctionnaires internationaux à Tindouf n’est plus assurée.

Face aux derniers évènements recensés ces derniers mois, les défenseurs des droits de l’Homme sont en droit de se poser plusieurs questions et d’exprimer leur vive inquiétude face à la détérioration des conditions de travail et de sécurité des fonctionnaires internationaux présents dans les camps . Dans ce contexte là, quel sera l’avenir de ces intervenants humanitaires internationaux dans les camps de Tindouf, à court ou moyen terme ?