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SPQ libre et la ligne de risque

Ronald Cameron, 16 mars 2010

On peut être en désaccord avec les orientations du SPQ libre mais on doit reconnaître que le projet de combattre le néolibéralisme au sein du PQ constitue un plan de travail ambitieux ! Sans doute que les membres de ce courant politique y acquièrent certainement une expérience importante. Mais le projet peut-il aboutir ? Le peu d’influence du SPQ libre sur la direction du PQ devrait déjà amener ses membres à questionner leur espoir de le voir changer de cap et à examiner une ligne de risque.

Le colloque sur la création de la richesse du Parti québécois durant la fin de semaine du 13 et 14 mars a été le théâtre d’une décision de l’exécutif national du parti afin d’interdire les clubs politiques en son sein. Son seul effet se résume à la suppression du droit de SPQ libre d’exister. De tradition récente, la reconnaissance des clubs tentait d’ouvrir des espaces à différents courants, notamment ceux qui cherchaient à se regrouper autour de Québec solidaire. Évidemment, la décision de l’exécutif est à mettre en perspective avec le cours politique que vise à imprimer Pauline Marois.

Cette décision semble devoir être confirmée par un congrès du parti en 2011. Probablement que certains au SPQ libre voudront s’y rendre pour y faire un appel aux membres. Mais la récente décision devrait servir d’avertissement en regard d’une stratégie accrochée à l’humeur de l’exécutif du PQ. Même s’il pourrait encore faire des concessions partielles, le PQ ne peut plus constituer le « véhicule du développement d’une large coalition », telle que l’affirme le SPQ libre. Et publiquement, les forces qui contribuent à développer une telle alternative indépendantiste de gauche sont vues comme divisées.

En effet, si Québec solidaire a eu au moins autant d’influence que le SPQ libre sur le PQ, c’est qu’il y a une limite à convaincre au sein d’un parti de « lucides ». Ce que Bernard Landry cherchait à contenir en proposant la reconnaissance de clubs, c’était l’affaiblissement de la composante sociale des militantes et militants péquistes, notamment ceux du mouvement syndical. Car les lucides n’ont jamais eu besoin de club pour influencer la direction du PQ et ses chefs sont probablement consultés plus directement que ne peuvent l’être les responsables de SPQ libre.

Québec solidaire est un creuset d’élaboration d’une stratégie alternative pour l’indépendance, basée justement sur la souveraineté populaire comme le souhaite le SPQ libre. Pour la plupart des électeurs du Québec, les forces regroupées autour de SPQ libre et de QS appartiennent à la même famille politique. Et plusieurs d’entre eux ne comprennent pas pourquoi cette division dans la gauche sociale et politique.

Mais les porte-paroles du SPQ libre persistent à soulever un différend avec QS concernant la question identitaire. Les partisans du SPQ libre doivent reconnaître que le congrès de QS à l’automne dernier a été un moment fort pour confirmer ses fondations indépendantistes et cette nouvelle stratégie référendaire. De plus, il s’est démarqué de tout projet de réformer la confédération canadienne. Si la question politique la plus importante pour le SPQ libre est de constituer un front social et politique pour l’indépendance du Québec, tôt ou tard, ils devront admettre que le PQ ne peut plus être considéré comme ce pôle structurant.

Le SPQ libre, composé d’un grand nombre de syndicalistes, reconnaît avec justesse toute l’importance de l’action politique partisane, compte tenu des limites de l’action syndicale. Mais mener un tel combat exige une ligne de risque, pour paraphraser Pierre Vadeboncoeur : elle exige du côté syndical d’en finir avec une attitude qui ne veut s’engager que dans des espaces politiques sécurisés.

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