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Niger : Un coup d’État sur fond de radioactivité

Colette BRAECKMAN, 21 février 2010

Emmené par des militaires, le président du Niger, Mamadou Tandja a été victime d’un coup d’Etat. A l’issue du Conseil des Ministres, des militaires de la garde présidentielle se sont emparés de lui et de plusieurs personnalités.

Ce dénouement violent est le point culminant d’une crise de longue durée : alors qu’il avait déjà accompli deux mandats, le président Mamadou Tandja, un militaire au pouvoir depuis dix ans et qui aurait du se retirer en décembre 2009, avait organisé en août 2009 un referendum constitutionnel l’autorisant à demeurer à la tête du pays durant trois nouvelles années au moins, au grand dam de l’opposition qui dénonça un « coup d’Etat institutionnel ». Une partie de l’armée désapprouvait également cette prolongation du mandat.

En fait, c’est depuis 1974 que Mamadou Tandja, né en 1938, se trouve aux premiers rangs de la politique : en avril 1974, il participe au renversement du président Hamani Diori sur fond de sécheresse et de famine, et soutient le régime du général Seyni Kountché, qui apporte une certaine stabilité au pays.
Après avoir été ministre de l’Intérieur, où il est confronté à la rébellion des Touaregs, Mamadou Tandja accède à la présidence en 1999 et il est réélu avec 65% des voix en 2004.

Tout au long de ses années de pouvoir, Mamadou Tandja aura été confronté à deux questions intimement liées : l’exploitation de l’uranium et la révolte des Touaregs.

L’uranium, dont le Niger est le troisième producteur mondial, avec 3.300 tonnes par an, représente à la fois une richesse potentielle et un malheur immédiat. Alors que le Niger figure à la 174eme place sur la liste des 177 pays les plus pauvres du monde, l’exploitation de l’uranium fut longtemps le monopole du groupe nucléaire français Areva. Cette société est régulièrement critiquée pour avoir contaminé les nappes phréatiques, entreposé à l’air libre des déchets radioactifs ou les avoir utilisés pour construire des routes. Cette destruction du milieu a porté atteinte aux activités traditionnelles des Touaregs, l’élevage et le commerce du sel. De plus, c’est en vain que les Touaregs exigent le transfert, au bénéfice de leur région, de 50% des recettes minières.

Lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur, Mamadou Tandja réprima d’une main de fer la révolte des Touaregs, à l’époque soutenue par la Libye. Devenu président, il fut confronté à une résurgence de la rébellion, le Mouvement des Nigériens pour la Justice et, en 2007, il expulsa deux dirigeants d’Areva, les accusant de collusion avec les Touaregs dans le but d’affaiblir son régime. C’est que Niamey, désireuse de diversifier ses relations économiques, avait accordé 122 licences d’exploration, à la Compagnie chinoise China Nuclear International Uranium Corporation (CNCC) et à des groupes canadiens, américains, australiens, sud africains. En janvier 2009 cependant, Areva avait remporté le contrat d’exploitation de la gigantesque mine d’Imouraren, qui pourrait produire 5000 tonnes d’uranium par an.


Voir en ligne : Le blogue de Colette Braeckman