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L’Europe et la proclamation de l’Etat palestinien

Mohamed Salmawy, 14 décembre 2009

La mise en place d’un Etat palestinien indépendant sur la terre de Palestine nécessite-t-elle une résolution internationale ? La Suède avait présenté dernièrement au conseil de l’Union européenne un projet de résolution pour la création d’un Etat palestinien avec pour capitale Jérusalem-Est. Ce projet de résolution, deux semaines après avoir été annoncé, a été favorablement accueilli dans plusieurs capitales européennes.

Une telle action peut être considérée comme positive, surtout à l’ombre de l’intransigeance israélienne traditionnelle à cet égard et l’insistance de l’actuel gouvernement de Netanyahu à poser des conditions « israéliennes » pour la mise en place de cet Etat. Mais il semble que la communauté internationale qui a favorablement accueilli cette nouvelle orientation européenne a oublié que la résolution de la mise en place d’un Etat palestinien a été effectivement promulguée il y a plus de 60 ans.

Cette même résolution stipulait la création de l’Etat d’Israël. Je veux dire la résolution de partage promulguée par les Nations-Unies en novembre 1947 avec le consentement de toute la communauté internationale. D’ailleurs, c’est à cette résolution qu’Israël doit son existence.

La résolution n’a pas stipulé uniquement la mise en place d’un Etat juif en Palestine, mais de deux Etats : l’un juif et l’autre palestinien, ainsi que de la démarcation des frontières entre les deux. Elle a également stipulé de faire de Jérusalem une zone internationale vu son importance et le fait qu’elle soit le berceau des trois religions monothéistes.

Mais les méthodes sionistes détournées ont manipulé la résolution pour affirmer la légitimité de l’Etat juif et ignorer le reste du contenu, à savoir que la légitimité de l’Etat juif est liée à celle de l’Etat palestinien. Aujourd’hui, Israël confectionne ses propres prescriptions relatives à la mise en place d’un Etat palestinien allant à l’encontre de la résolution des Nations-Unies et feignant d’oublier qu’elle était à l’origine de la création de l’Etat d’Israël.

L’argument avancé par Israël dans ses tentatives d’effacer le contenu de la résolution en vertu de laquelle cet Etat a vu le jour est que les Arabes ont rejeté cette résolution, or lui-même l’a appliquée. Cependant, les Nations-Unies ne l’ont pas annulée et la communauté internationale n’est pas revenue sur ce sujet. Israël a intentionnellement appliqué la moitié de la résolution qui servait ses objectifs, à un moment où la machine des médias sionistes a travaillé pendant toutes les dernières années à effacer l’autre moitié des données de la politique du conflit arabo-israélien. A tel point que la résolution de partage n’est plus considérée comme une référence à ce qu’il est convenu d’appeler le processus d’instauration de la paix au Moyen-Orient.

Une des erreurs des pourparlers de paix, depuis la conférence de Madrid, en passant par le processus de Barcelone et les négociations d’Oslo et jusqu’à nos jours, c’est qu’ils ont toujours commencé à zéro ou à partir du fait accompli. C’est-à-dire qu’Israël occupe par le biais de la guerre des terres arabes que nous désirons récupérer par les voies pacifiques. Ainsi, le processus d’instauration de la paix s’est transformé en des négociations pour l’évacuation. Ensuite, nous avons vu dans la terminologie politique arabe des concepts et de nouvelles expressions telles que « la terre contre la paix » et « la reconnaissance en contrepartie de la mise en place d’un Etat palestinien ». Alors que l’Etat palestinien dispose d’un appui juridique qui ne stipule pas que les négociations soient l’unique moyen de réalisation.

Mener des négociations entre les deux parties n’est pas un tort. Elles auraient dû s’effectuer entre les deux Etats qui ont été stipulés dans la résolution des Nations-Unies, c’est-à-dire entre l’Etat palestinien, propriétaire de la terre occupée, et l’Etat juif qui occupe sa terre sans aucun droit.

La mise en place d’un Etat israélien n’est pas le résultat de négociations avec quiconque et la partie arabe n’a pas posé des conditions sans lesquelles il n’aurait pas vu le jour.

Pourquoi donc l’un des deux Etats ayant fait l’objet de la résolution de partage des Nations-Unies détient-il les conditions de la mise en place de l’autre Etat, sujet de la résolution, alors que ce même Etat a été instauré en vertu de cette même résolution sans attendre de conditions semblables émanant de l’autre Etat ?

Israël, bien qu’ayant approuvé la résolution de partage et incité les forces internationales alliées à l’approuver, s’est approprié tout au long d’un demi-siècle, par la voie de l’occupation militaire, un nombre dépassant de loin la superficie consacrée à l’Etat juif dans la résolution de partage. Ainsi, avec chaque guerre opposant des Arabes à des Israéliens, Israël, étant souvent à l’origine de la guerre, allait plus loin dans son occupation des terres arabes qu’il s’annexait plus tard, transformant la guerre en une justification acceptable pour accaparer plus de terres. Et considérant l’occupation comme un moyen légitime d’expansion et faisant la sourde oreille à toutes les objections émanant de la communauté internationale.

En réalité, l’intransigeance manifestée par Israël aujourd’hui à l’égard de la mise en place d’un Etat palestinien est un rejet implicite de la résolution de partage du Conseil de sécurité, sapant complètement la légitimité même de l’Etat juif. Egalement, le fait d’ériger des obstacles devant la proclamation d’un Etat palestinien indépendant est une ignorance de l’énoncé de la résolution qui n’est pas caduque.

Ainsi, l’insistance d’Israël que l’Etat palestinien soit créé selon ses conditions et en résultat de négociations entre lui et le côté palestinien est une déformation des réalités selon laquelle la communauté internationale s’est laissée entraîner de longues années durant. La dernière initiative européenne intervient comme une tentative historique de rectifier les choses.

Partant de cette logique, n’importe quelle négociation entre les parties palestiniennes et israéliennes ne doit pas se pencher sur les conditions de la création d’un Etat palestinien mais sur le degré de violation juive de la légitimité internationale en s’accaparant et en annexant des terres censées être du lot de l’Etat palestinien en vertu de la résolution de la création de l’Etat hébreu. La mise en place de l’Etat palestinien doit être un fait accompli tout comme l’a été celle de l’Etat hébreu.

Pour investir cette initiative européenne louable, le côté arabe devrait afficher son approbation en la considérant comme une tentative de la part de la communauté internationale pour rectifier les situations erronées que l’Etat hébreu a mises en place voilà plus de 60 ans. Nous devons également proclamer la mise en place de l’Etat palestinien non pas comme une proclamation unilatérale (il s’agit là également de concepts erronés qui ont figuré récemment dans la terminologie politique) mais telle une application de la résolution des Nations-Unies exprimant la volonté de la communauté internationale. Quant à l’unilatéralité, elle provient d’Israël qui est, selon la dernière position de l’Union européenne, l’unique partie refusant la légitimité internationale.


Voir en ligne : Hebdo Ahram