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Rêver la ville où nous voulons vivre !

Owen Rose, 2 décembre 2009

En 2007, j’ai participé avec cinq autres « jeunes chercheurs » à l’élaboration de l’exposition permanente Imagine ! du nouveau Centre des sciences de Montréal. L’exposition commence avec les questions « Peut-on déjà rêver le monde de demain ? Y a-t-il des limites aux possibilités de la science et de la technologie ? »
. Ma contribution tournait autour de l’aménagement de nos villes rêvées. Qu’est-ce qu’on veut construire ? Mais une question plus importante est : comment composer avec la ville que l’on connaît et, au fur et à mesure, la faire évoluer écologiquement ?

Comme il a été dit des milliers de fois, on fait face aux changements climatiques, à la pollution de toutes sortes, au pic pétrolier et à l’iniquité sociale. On peut ajouter encore davantage à cette liste mais, dans une approche préventive et constructive, prenons quelques minutes pour plutôt rêver et imaginer la ville où nous voulons vivre. La sagesse de bien vivre est aussi appelée le développement durable. Peu importe le vocabulaire changeant, il y a des éléments clefs pour nourrir une civilisation.

Nous sommes des êtres sociaux. Nous avons besoin les uns des autres, mais pas tous en même temps ! Construisons un village dans une constellation de villages qui s’échangent et partagent leurs ressources ensemble. C’est de là que provient l’idée des villages urbains ou quartiers verts. Ça implique que l’on est capable de faire nos emplettes à pied et de marcher vers l’école, les parcs et les centres communautaires. La forme des vieux quartiers centraux de Montréal, avec leurs duplexes et triplexes en rangée nous permet, en plus d’atteindre une très forte densité, de partager nos murs mitoyens et de garder une hauteur limitée des bâtiments qui permet aux arbres de pousser sur toutes les rues et ruelles. Alors, on est moins énergivore en hiver (comparés aux ménages vivant dans des maisons en rangée ou des immeubles multi-logements de taille similaire, ceux habitant des maisons unifamiliales détachées peuvent consommer jusqu’à 50% plus d’énergie pour le chauffage ;) et ces maisons en rangée, avec les ouvertures à l’avant et à l’arrière, nous procurent une meilleure ventilation naturelle en été !

Mais qu’est-ce qu’on gagne quand on vit dans un village urbain dense ? Étant plus nombreux, on dispose de taxes foncières importantes pour construire et maintenir nos infrastructures urbaines telles que les parcs, transports collectifs, gestion des matières résiduelles et institutions culturelles. On gagne la valeur ajoutée que nous donne l’ensemble de ces services qui font que l’on a beaucoup moins besoin de l’auto-solo à tous les jours. Quand on sait que presque 50% des GES à Montréal viennent du secteur des transports, il faut faire de la place pour des meilleures places publiques comme des rues piétonnes, zones de rencontre devant les stations de métro, pistes cyclables et sentiers verts en ville qui donnent le goût de se déplacer à pied et à vélo. Nos anciens quartiers, développés avant la deuxième guerre mondiale, sont tous des « TOD (transit oriented developments) ». Ça veut dire des quartiers de tramway et de marche. Ajoutons le vélo et de nouveaux transports collectifs aujourd’hui et l’on a de quoi pour se déplacer de nouveau en ville sans autant de voitures.

Social oui, mais si l’on vit dans une telle compacité, il faut que ce soit récompensé par des infrastructures publiques de qualité afin de convaincre les familles, les jeunes et les personnes âgées de venir profiter de l’abondance de choix qu’offre une ville dense. On parle ici de la sécurité des piétons, notamment des enfants et aînés, de la facilité de magasiner près de chez soi et de vivre quand même entouré de verdure. Mais oui, c’est possible de créer des villes jardins avec nos toits, balcons, murs, cours, rues, ruelles et parcs. La verdure rafraîchit la ville (on note des écarts de plus de 15°C entre des zones « fraîches » et des îlots de chaleur voisins ; ) et nettoie l’air en plus de réduire le stress et de nous connecter avec les quatre saisons.

N’oublions pas l’élément socioéconomique dans le développement durable. Afin d’attirer et de garder le monde en ville, il faut donner accès à toute une gamme de logements et de prix de logements. Il faut aussi une démocratie de proximité afin d’encourager la participation des citoyenNEs dans le destin de leur communauté.

La mixité sociale, la densité urbaine, la verdure, la proximité des emplois et services et les infrastructures de qualité font un aménagement urbain convivial dans lequel, par cette nature même, on réduit notre impact sur le climat et notre dépendance énergétique. Rêvons de cette ville où nous voulons vivre et nous éviterons ainsi une longe liste de problèmes au profit d’une civilisation humaine en santé.


Voir en ligne : Centre d’écologie urbaine de Montréal


Owen Rose, architecte, est Président du Centre d’écologie urbaine de Montréal

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