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Souveraineté Alimentaire

En Haiti, Les organisations paysannes manifestent contre les agrocarburants !

Maude Malengrez, 24 juin 2009

Le Comité de coordination « 4 G Kontre », qui réunit les principales organisations paysannes du pays, a organisé un « sit in » ce mardi 23 juin devant l’Hotel Ritz Kinam II dans lequel se déroule la « Première conférence des parties prenantes et acteurs de la filière Gwo Medsiyen » sur le secteur des agrocarburants, a constaté AlterPresse.

Les paysans ne veulent pas du développement de la culture de Gwo Medsiyen pour produire du biodiesel en Haiti, qui signe pour eux la mort de la paysannerie.

Les organisations paysannes Mouvement paysan papaye (MPP), Mouvement paysan national congrès papaye (Mpnkp), Tèt kole ti peyizan ayisyen, Coordination régionale des organisations du Sud-est (Cros) et le Réseau national souveraineté alimentaire ont manifesté leur refus de voir se développer une filière de production d’agrocarburants au départ de la culture de Gwo medsiyen, aussi appelé jatropha, en Haïti.

Plus d’une centaine de paysans étaient présents, certains munis de pancartes où on pouvait lire des slogans hostiles à la culture du jatropha. « C’est la mort de la paysannerie », clame Doudou Pierre Festile, porte-parole du Mpnkp .

« Nous mêmes qui travaillons dans la production des aliments refusons de laisser les terres à une production non alimentaire. Nous importons déjà trop d’aliments. Nous demandons au gouvernement de ne pas développer cette filière mais de soutenir la production nationale », déclare Yvette Michaux.
« Nous avons une pétition que nous voulons envoyer au parlement et à l’étranger », ajoute Louis Stenio Cario, secrétaire du Mpnkp pour le département de l’Ouest à Croix des Bouquets.

Beaucoup de risques en regard des opportunités
Dans l’enceinte du Ritz Kinam II, diverses parties prenantes tentent de démontrer les risques et opportunités que représente le développement de la culture du Gwo Medsiyen pour produire des agrocarburants en Haiti, mais personne ne semble le remettre en cause.

Les principaux partenaires de cette conférence, organisée par Chibas (Centro Hispaniola de investigacion en bioenergias y agricultura sostenible), une institution technique dite de service public, sont la Banque interaméricaine de développement, l’USAID et son programme de Développement économique pour un environnement durable, le Programme des Nations unies pour le développement, la Fondation interaméricaine, mais aussi le Ministère de l’environnement, de l’agriculture et la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), tout autant que des acteurs privés comme Ecodiesel Haïti.

Lors de ces deux journées de conférence qui se clôtureront le 24 juin, beaucoup d’exposés sont réalisés par Chibas.
Selon Gaël Pressoir, directeur de Chibas, il y aurait assez de terres marginales disponibles pour produire à base de Gwo medsiyen de quoi produire assez d’énergie pour couvrir les besoins du pays.
« Ce n’est que mensonge, conteste Doudou Pierre Festile porte-parole du Mpnkp, interrogé par AlterPresse. Ils parlent de terres marginales...mais Haïti n’a pas de terres marginales. Plutôt que de reboiser les mornes avec du jatropha, reboisons les avec des arbres fruitiers. Avec des manguiers, des avocats.. »
Selon les informations présentées lors de la conférence, des projets pilotes de cultures sur des terres marginales sont à pied d’oeuvre ou à l’étude à Lhomond et Jeremie (Sud-Ouest / Entreprise exploitation jatropha) ; mais aussi à Saint-Louis du Sud où Chibas a réalisé une évaluation afin d’électrifier la zone avec du biodiesel et où plus de 55 paysans se seraient portés volontaires.

Le Groupe d’action francophone pour l’environnement mène des projets de culture de Jatropha dans la commune de Kenscoff (Ouest). Des entreprises américaines impliquées dans la filière sont également représentées. A Petit-Goave, Terrier rouge, d’autres projets sont expérimentés.
« Allez voir dans les plantations au Nord-est, où il y a de bonnes terres qui produisent ces belles patates que vous voyez là. Et bien c’est là qu’il plantent leur jatropha...Ils ont des pépinières. Dans la plaine du Nord...à Thormonde, où la terre est plate. A Belle fontaine, il n’y a pas de terre marginale. C’est un risque énorme pour la disparition de ce que nous appelons la paysannerie », explique Doudou Pierre Festile.

Lors de la conférence, l’exemple de Madagascar a été présenté, notamment en terme d’opportunité pour le développement de l’agriculture locale. « Dernièrement, j’étais à une conférence à Bruxelles, continue le porte-parole du Mpnkp. Des paysans qui venaient de Madagascar disaient que la culture de jatropha leur posait beaucoup de problèmes ».
Ce projet peut amener de facto une compétition avec les terres cultivables, quand bien même une exclusion des terres utilisées pour les cultures vivrières ait été décidée.
« Il y a un risque que les paysans délaissent la production vivrière pour la production de Medsiyen », met en garde Chavannes Jean Baptiste, porte-parole du MPP, dans une brochure destinée à sensibiliser les paysans aux enjeux des agrocarburants. Les paysans y trouveraient un revenu immédiat qui serait dommageable pour la production vivrière.
« Il faut beaucoup d’eau si vous voulez une récolte conséquente. Où allons-nous trouver toute l’eau nécessaire à ces cultures alors que nous n’en avons déjà pas assez pour arroser les cultures vivrières et alors que notre bétail meurt de soif ? », poursuit le leader du MPP.

Il existe un Cadre stratégique pour une politique nationale de développement des biocarburants en Haïti. « Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Nous revendiquons une aide de l’état pour que les terres qualifiées de « marginales » redeviennent de bonnes terres, une réforme agraire intégrale, une agriculture familiale, l’accès au crédit, une assistance technique de l’état, des barrières douanières pour combattre le dumping », écrit Chavannes Jean-Baptiste. « Haïti ne peut pas entrer dans le jatropha, ce n’est pas notre projet. », conclut Doudou Pierre Festile. [mm gp apr 23/06/2009 18 :00]


Voir en ligne : Alterpresse