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Boycott d’Israël

Le boycott fait ses dents aux USA

Nadia Hijab, 19 mai 2009

Le 4 mai, des manifestants accueillèrent les actionnaires de Motorola, déjà mécontents des pertes de la compagnie, à leur arrivée au Rosemont Theater de Chicago, Illinois. La protestation, organisée par l’US Campaign to End the Israeli Occupation, faisait partie de la campagne “Raccrochez au nez de Motorola” jusqu’à ce qu’il stoppe les ventes de produits de communication et autres qui soutiennent l’occupation militaire d’Israël sur la terre palestinienne.

Lors de la rencontre, les Presbytériens, Méthodistes Unis et d’autres églises presseront les actionnaires à soutenir leur résolution, qui appelle à des normes d’entreprise basées sur la loi internationale. Faire le nécessaire peut aussi réduire le risque de « boycotts des consommateurs, campagnes de désinvestissement et poursuites judiciaires ».

Les dirigeants de Motorola le nient, mais ces risques ont joué un rôle dans leur décision de vendre la division qui fait des détonateurs, sitôt que les enquêteurs de Human Rights Watch ont trouvé des éclats d’obus avec des numéros de série de Motorola sur des sites civils bombardés par Israël lors de son attaque de décembre-janvier sur Gaza. Les protestations étasuniennes font partie d’un mouvement mondial montant qui se saisit de la loi internationale à la place des gouvernements. Et particulièrement depuis les attaques sur Gaza, les boycotts ont mordu. En voici trois raisons.

D’abord, les boycotts permettent aux citoyens ordinaires d’agir. Par exemple, le groupe New-Yorkais Adalah a décidé de viser le marchand de diamants Lev Leviev, qui exploite ses profits pour coloniser la Cisjordanie. A Noel dernier, ils ont chanté avec des mots altérés de manière créative pour presser les chalands de boycotter sa boutique de Madison Avenue.

Le groupe britannique ‘Architects and Planners for Justice in Palestine’ s’est associé à Adalah New York et à d’autres pour exercer une pression publique sur le gouvernement britannique concernant Leviev. L’ambassade britannique à Tel Aviv a récemment annulé des plans de location d’annexes à la compagnie de Leviev Africa-Israel. Il y a d’autres résultats. Les militants britanniques ont visé la chaine de supermarchés Tesco pour stopper la vente de produits israéliens venant des colonies. Dans la vidéo d’une telle action – plus de 38000 visions sur You Tube à présent – les militants Gallois ont rempli un caddy de produits des colonies et l’ont poussé hors du magasin sans payer.

Tout au long, ils expliquent calmement à la caméra ce qu’ils font et pourquoi. Ils discutent en même temps qu’ils versent de la peinture rouge sur le produit, et quand des flics britanniques les conduisent calmement à un car de police.

Le résultat d’un tel boycott de consommateurs ? Un cinquième des producteurs israéliens ont rapporté une chute de la demande depuis l’assaut sur Gaza, particulièrement en Grande Bretagne et en Scandinavie.

La deuxième raison pour laquelle ces boycotts sont plus efficaces, c’est le rôle visible de défenseurs des droits humains juifs, ce qui rend plus difficile pour Israël d’argumenter que ces actions seraient antisémites.

Par exemple, l’architecte britannique Abe Hayeem, un Juif Irakien, décrit dans un article passionné dans le Guardian comment Leviev piétine les droits des Palestiniens, et avertit les architectes Israéliens impliqués dans les colonies qu’ils auront des comptes à rendre devant leurs collègues internationaux.

Aux USA, ‘Jewish Voice For Peace’ [Voix juive pour la Paix] a mené une campagne continue pour faire stopper la vente de bulldozers Caterpillar à Israël, qui les militarise et les utilise pour détruire des maisons et construire le Mur.

La troisième raison, décisive, du succès croissant de ce mouvement mondial est la direction déterminée de la société civile palestinienne. L’étincelle est venue lors de la conférence mondiale contre le racisme à Durban en 2001. En 2004, la société civile palestinienne a lancé un boycott universitaire et culturel qui à de l’impact.

En 2005, plus de 170 coalitions, organisations et syndicats de la société civile palestinienne, venant des territoires occupés, de l’intérieur d’Israël et de l’exil, ont lancé un appel formel pour une campagne internationale de boycott, de désinvestissements et de sanctions (BDS) jusqu’à ce qu’Israël se conforme à la loi internationale. Cet appel dresse des objectifs clairs pour le mouvement et fournit un cadre pour l’action. En novembre 2008, les ONG palestiniennes ont aidé à convoquer une réunion internationale à Bilbao, Pays Basque/Espagne, pour adopter des actions en commun. Ceci a lancé une campagne « Déraillez Véolia ». Cette société multinationale française, avec une autre société française, Alstom, construit un tram qui relie Jérusalem Ouest à des colonies illégales.

Le projet de tram a été cité par le fond de pension national suédois dans sa décision d’exclure Alstom de son portefeuille de 15 milliards de dollars, et par le Conseil de Communauté Urbaine de Sandwell dans sa décision d’écarter Véolia d’un contrat de 1,9 milliards de dollars pour un plan de traitement des ordures. Il y eut des campagnes populaires actives dans les deux cas.

Autres succès : Véolia a perdu la contrat pour opérer le métro de Stockholm et un réseau urbain à Bordeaux. Même si cela fut qualifié de « décisions d’affaires », il y a eu aussi des campagnes militantes sur place. Le conseil municipal de Galway en Irlande a décidé de suivre l’exemple de Stockholm. En même temps, Connex, la compagnie qui est supposée opérer le tramway, est la cible de militants en Australie.

La campagne « Déraillez Véolia » a été le plus grand succès du mouvement jusqu’à présent. On estime que Véolia et ses filiales ont perdu jusqu’à 7,5 milliards de dollars.

Comme le dit un des leaders du mouvement BDS, Omar Barghouti : « Quand les compagnies commencent à perdre de l’argent, alors elles écoutent ». Et les Etats aussi, peut-être.

Traduction JPB pour http://www.protection-palestine.org


Voir en ligne : en anglais sur Counter Punch


Nadia Hijab est une des membres responsables de l’Institute for Palestine Studies.