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Surprise ! il y a une vie après le FMI

Normand Baillargeon, 1er mai 2008

En décembre, une nouvelle banque est née. Son nom ? El Banco del Sur, c’est-à-dire la Banque du Sud. Elle réunit sept pays d’Amérique du Sud (Argentine, Bolivie, Brésil, Équateur, Paraguay, Venezuela et Uruguay) dans un projet commun de financement d’infrastructures, de développement social et de protection contre les secousses financières.

Sa création a été passée sous silence dans nos grands médias. Elle traduit pourtant une volonté populaire exprimée dans ces pays de se libérer de l’emprise des institutions qui régissent l’architecture de l’économie mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Pour comprendre pourquoi, voici le cas de l’Argentine et du Venezuela.

L’Argentine a longtemps été un élève modèle des doctrines néolibérales et a suivi à la lettre les politiques de privatisation et de contrôle de dépenses publiques du FMI. Pourtant, et en partie à cause de cela, l’aube du millénaire augure particulièrement mal pour l’Argentine, étranglée par les dettes et des taux d’intérêt vertigineux. Imperturbable, le FMI, qui conseillait le pays, prévoit une importante croissance du PIB pour 2000, puis pour 2001 et 2002. Il s’est à chaque fois lourdement trompé : tant sur l’ampleur de la récession en cours, largement sous-estimée, que sur la croissance du PIB, largement surestimée. En 2001, dans un geste spectaculaire, l’Argentine cesse de rembourser sa dette publique et envoie promener le FMI. Le pays entreprend plus tard une forte reprise, que le même FMI, va largement sous-estimer, année après année.

Le cas du Venezuela est particulier. Si le pays n’a plus de prêt avec le FMI depuis 1997, il illustre un aspect particulièrement sombre du FMI et un autre motif de la colère populaire. Le 11 avril 2002, le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela est renversé par un coup militaire. Dans les heures qui suivent, avec une célérité jamais vue, le FMI se déclare publiquement « prêt à appuyer la nouvelle administration de toutes les manières qu’elle le voudra ». Or, la nouvelle administration de Pedro Carmona est une dictature !

Les cas de l’Argentine et du Venezuela se généralisent, et on ne s’étonnera pas que le FMI ait si mauvaise réputation. Plusieurs pays ont d’ailleurs commencé, ou terminé, à solder leur dette envers le Fonds. Avec pour résultat que le FMI est en train d’être mis à la porte de l’Amérique du Sud, tandis que ses réserves s’épuisent en raison des dettes impayées ou restructurées de ses créanciers.

Dans ce contexte, la création de la Banco del Sur constitue un événement de très grande importance. Elle appuie ce projet de pipeline de plusieurs milliers de kilomètres reliant des gisements du Venezuela au Brésil et à l’Argentine, ce qui contribuerait à l’autonomie énergétique des pays concernés.

Plus encore, la Banque pourrait bien marquer un premier pas vers une réunification d’une Amérique du Sud qui a si longtemps été désintégrée. Elle réunit en tout cas des gouvernements de gauches aussi différentes que celui de Lula (au Brésil) et de Chavez.

Il n’y a pas si longtemps, de tels agissements auraient entraîné, de la part des États-Unis, soit par la force, soit par la restructuration des économies, un renversement des gouvernements concernés. La première option est désormais de plus en plus difficile à envisager ; la deuxième le devient à son tour, notamment grâce à la Banque du Sud. Bref : il y a une vie après le FMI ; et ça commence à se savoir.