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Élections au Pakistan

Non à Moucharraf et aux talibans

Feroz MEHDI, 28 février 2008

Les élections du 18 février pour choisir les députés au parlement national et aux assemblés de quatre provinces étaient vues par les analystes politiques comme un référendum sur la présidence de Pervez Moucharraf. Si tel est le cas, le résultat est sans appel : les Pakistanais n’ont pas confiance en lui.

Nawaz Sharif, l’ex-premier ministre chassé du pays par le coup d’État de Pervez Moucharraf en 1999, a fait campagne en prônant la fin de l’ingérence de l’armée en politique. Il a remporté le plus grand nombre de sièges dans la province du Punjab, que son parti va diriger. Au niveau national, sa formation a obtenu le deuxième plus grand nombre de sièges, 66, derrière le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Benazir Bhutto assassinée en décembre, et qui en a récolté 88.

L’aile de la Ligue musulmane du Pakistan, qui appuie le président Moucharraf, a mordu la poussière. Ce parti aussi connu au Pakistan comme « le parti du Roi » n’a fait élire que 38 députés au parlement fédéral.

À Karachi, la bourse a progressé de plus de 2 % à la suite de l’annonce des résultats. Les journaux ont crié victoire. « Tous les hommes du Roi sont mis dehors ! », proclamait le Daily Times. « Les poids lourds sont mis K.O. », titrait le journal Dawn.

Un grand revers pour les partis religieux musulmans

Les Pakistanais ont aussi clairement rejeté les islamistes et les talibans. La coalition rassemblant les partis religieux, qui était le troisième plus grand joueur au parlement national avec 50 sièges, s’est effondrée en n’obtenant que cinq sièges. Elle a aussi perdu le contrôle de la Province de la Frontière du Nord-Ouest. Les islamistes dirigeaient cette province depuis les élections de 2002. Ils avaient alors profité de la colère du peuple contre l’invasion américaine de l’Afghanistan pour prendre le pouvoir. C’est un parti laïc pachtoune, le Parti national Awami, qui va désormais gouverner cette région bordant l’Afghanistan.

Lendemain de veille

L’entourage du président Moucharraf et l’ambassade américaine à Islamabad ont sûrement passé des nuits blanches avant le scrutin, et plusieurs autres les attendent dans un proche avenir. Comment le chouchou de Washington pourra-t-il être sauvé ? Comme le montre le scrutin, le PPP et le parti de Nawaz Sharif ont assez de sièges, 154 sur un total de 272, pour gouverner seuls. Avec l’appui d’autres petits partis, ils peuvent même obtenir une majorité avec les trois quarts des sièges et, ainsi, avoir la possibilité de destituer le président. Si c’est le cas, Moucharraf devra donc quitter ses fonctions et il pourra aussi être poursuivi pour avoir imposé l’État d’urgence et renvoyé les juges de la Cour suprême. Les élus auront-ils cette volonté ? Les Pakistanais leur ont clairement donné le feu vert.