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Police, hors campus !

Francis Dupuis-Déri, 28 février 2008

Plus jeune, je croyais que les campus collégiaux et universitaires étaient des sanctuaires où les policiers ne pouvaient pénétrer pour sévir contre des étudiantes et des étudiants. Je croyais surtout que les directions d’établissements d’enseignement avaient la décence de ne pas avoir recours à la force policière pour « gérer » et discipliner le corps étudiant. Naïf que j’étais...

Après la grande grève étudiante de 2005, marquée par plus d’une centaine d’arrestations parfois brutales, la police a de nouveau été mobilisée pour casser le militantisme étudiant de 2007-2008, pourtant d’une très faible ampleur. En novembre, le futur recteur, Claude Corbo, est chahuté, ce qui sert d’excuse pour appeler les policiers à discipliner quelques dizaines d’étudiants assis dans un couloir. L’UQAM a pourtant un fort contingent de gardes de sécurité (sa police privée). Les policiers matraquent et pourchassent les agitateurs, donnant au passage des leçons de morale citoyenne : « Ah ! Ça promet pour la société de demain ! » Je ne sais ce que la société de demain nous promet, mais à voir l’agissement et l’arrogance des policiers...

Puis, une centaine d’étudiants décident de dormir dans le pavillon des sciences sociales. L’UQAM a l’habitude de telles actions, qui parfois courent sur plusieurs nuits, voire des semaines. À la demande de la direction, les policiers chassent les étudiants vers minuit. Le lendemain, même scénario au Cégep du Vieux Montréal, où plus d’une centaine d’arrestations eurent lieu, sans compter les matraques et le gaz poivré.

Après la brutalité, il faut rapidement blâmer les victimes. Plusieurs études démontrent que la brutalité policière contre les mouvements sociaux est très rarement reconnue dans les médias et par les autres intervenants, qui ont plutôt tendance à identifier les militants comme violents et dangereux. À preuve, la direction de l’UQAM a rapidement envoyé un message interne « expliquant » que l’intervention policière avait été rendue nécessaire parce que l’occupation avait entraîné de coûteux dommages. Le Journal de Montréal avait pour sa part un journaliste infiltré au Vieux Montréal. Le lendemain, le quotidien titrait en première page : « Pote, alcool et grabuge ! » Enfin, une coalition de fédérations et d’associations étudiantes a signé une lettre dans les journaux dénonçant... la violence des étudiants !

Cet hiver est marqué par une reprise des interventions policières. À l’UQAM encore, une quinzaine de policiers ont pénétré sur le campus en février, alors qu’une poignée de militants occupaient un bureau depuis quelques minutes. La police s’est même pointée à la très paisible Université de Montréal en janvier. Le vice-recteur exécutif, Guy Breton, a candidement admis avoir demandé aux policiers d’être présents à une assemblée parce qu’il craignait que des étudiants ne viennent perturber la séance, en principe ouverte au public.

C’est à croire que les directions d’établissement se sont donné le mot pour troquer la politique pour la répression, même préventive. Bel exemple pour une éducation à la citoyenneté ! Et comment expliquer qu’un tel phénomène semble frapper simultanément plusieurs établissements ? Y a-t-il eu des directives du gouvernement lui-même pour intimider le mouvement étudiant en cette période de dégel des frais de scolarité ?


P.S. - Une manifestation pour souligner la Journée internationale contre la brutalité policière partira du square Berri (Montréal) le samedi 15 mars, à 15h.