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République démocratique du Congo

Le processus de paix est mal parti

Pierre BEAUDET, 1er avril 2002

République démocratique du Congo - Le processus de paix est mal parti

Le simple fait de faire redémarrer le dialogue intercongolais est un pas en avant. Mais qu’en ressortira-t-il de concret ? En fait sur le fonds, personne ne retient son souffle, car chaque camp reste retranché sur ses positions.

Réunis depuis le 25 février à Sun City en Afrique du Sud sous l’égide du médiateur Ketumile Masire, l’ancien président du Botswana, plus de 350 représentants des différentes factions congolaises ont entrepris des pourparlers. Une deuxième tentative depuis l’échec de la rencontre précédente à Adis Abebba en octobre dernier.

Du côté du président Joseph Kabila, on semble confiant de tenir la barre. Sur le terrain militaire, l’armée congolaise réussit à maintenir son contrôle sur l’ouest du pays, en bonne partie à cause des appuis militaires du Zimbabwe et de l’Angola, dont les forces armées sortent renforcées par l’élimination le mois dernier de Jonas Savimbi, le chef historique du mouvement rebelle angolais UNITA. De plus, Joseph Kabila sort soulagé de la récente victoire électorale de son copain Robert Mugabe au Zimbabwe, car ce sont les militaires zimbabwéens qui protègent la riche région minière du Shaba.

Possibles rebonds

À plus long terme, les appuis de Kabila restent fragiles. La crise politique zimbabwéenne pourrait rebondir. L’élection de Mugabe s’est produite sur fond de violences et de manipulations, l’opposition intérieure reste puissante, et l’éviction du Commonwealth et d’autres pressions internationales placent le gouvernement de Mugabe sur la sellette.

Mais il est difficile de prédire si tout cela précipitera la dégringolade du régime. Mugabe, comme tant d’autres chefs d’État où se pratique la « démocrature », a plusieurs flèches à son arc. Il sait que la dite communauté internationale manque de persistance, pour ne pas dire de courage, et que les interventions « militaro-humanitaires » se font d’abord et avant tout en fonction d’impératifs stratégiques et économiques. Ce ne serait pas la première fois que les grandes puissances se contenteraient de faire quelques « déclarations de principes » sans plus. Après tout, le Zimbabwe n’est ni le Koweït ni l’Asie centrale où le pétrole compte davantage que les droits humains...

Impasse à Kinshasa

Mais le président Kabila a aussi d’autres atouts, dont l’appui de la France et de la Belgique, qui le considèrent comme un « moindre mal », ayant le mérite de ne pas être dépendant des États-Unis. Autre avantage, les diverses factions politiques qui s’opposent au jeune président sont désunies et incohérentes. L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) est paralysée. Au sein de l’opinion publique, le rejet des oppositions armées, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et le Mouvement de libération du Congo (MLC), est quasi total, car elles sont perçues comme de simples marionnettes du Rwanda ou de l’Ouganda.

Fort de ce vide politique, le président Kabila gouverne par défaut. Il réclame à travers le processus de médiation de Masire de demeurer à la présidence durant la transition, jusqu’à ce qu’une élection ait lieu. Cela lui donnerait un avantage énorme sur ses opposants, qui refusent de considérer une telle « transition ». Kabila exige également que les factions rebelles intègrent l’armée congolaise, ce que refusent les principaux groupes armés.

Une rébellion s’enfonce

Pire encore, la rébellion s’est transformée dans certaines régions, notamment dans le Kivu, en un véritable cauchemar pour la population. Celle-ci est souvent prise en otages par le RCD et l’armée rwandaise, et les exactions contre les civils se multiplient, y compris contre les militants des droits de la personne et les journalistes.

Ainsi le 20 mars dernier, Richard Muhindo Bayunda, un militant du Centre de recherche sur l’environnement, la démocratie et les droits humains, a été arrêté et battu par des militaires. Son « crime » : avoir protesté contre des menaces proférées contre des journalistes par des policiers et des membres du RCD. Quelques jours auparavant, Raphael Paluku Kyana, qui dirige une radio communautaire, avait été lui aussi arrêté lors d’un atelier organisé par le Conseil des Églises à Nairobi.
On sait par ailleurs qu’il existe un camp de détention à Ndosho à quinze kilomètres de Goma où, selon Human Rights Watch, les détenus sont régulièrement torturés par des militaires rwandais.

Jeux sordides

Cette situation perdure pour plusieurs raisons. L’impasse politique fait dans une certaine mesure l’affaire de bien du monde. Sur le plan interne, tant le gouvernement de Kabila que les factions armées peuvent affirmer que rien n’est possible sans une victoire sur l’adversaire, ce qui empêche pratiquement toute imputabilité. Quant aux principaux pays impliqués, la guerre congolaise permet de « bonnes affaires » et aussi de reporter à la semaine des quatre jeudis les changements que réclament leurs propres populations.

Restent les grandes puissances. Les États-Unis sont surtout intéressés à limiter l’influence européenne en Afrique centrale. Dans ce contexte, ils restent déterminés à appuyer Kampala et Kigali, ce qui épargne à ces deux pays d’être mis sur la sellette à l’ONU. La France pour sa part veut se réimposer dans la région en faisant oublier la débâcle de 1994, lorsque l’armée française avait couvert le génocide au Rwanda. Son jeu est d’affaiblir le présent gouvernement rwandais en appuyant Joseph Kabila, quitte à laisser agir les anciens génocidaires rwandais, dont les tristement célèbres milices Interhamwés. Toujours actives le long de la frontière entre la RDC et le Rwanda, elles constituent un grand obstacle contre la paix. En fait, à long terme, seule une solution régionale garantissant la paix et la sécurité pour tout le monde pourrait mener à une cessation durable du conflit, mais personne ne semble avoir le courage de s’avancer sur cette voie.

Toujours la guerre

Sur le terrain, de violents combats ont éclaté durant les dernières semaines à Moliro, Pweto, Yayama et Kakaya, dans l’est du pays. Après une intervention de la MONUC (force d’interposition de l’ONU), les troupes ont accepté de se désengager, en conformité avec une résolution du Conseil de sécurité (19 mars). Ce récent clash a presque réussi à faire capoter la rencontre de Sun City, car le président Kabila a menacé d’y retirer ses représentants en raison des dernières incursions du RCD et du Rwanda.

Parallèlement, la situation s’est aggravée pour la population. Selon diverses ONG, 30 000 personnes ont été déplacées de force dans les récents combats au Sud-Kivu. Ces populations souffrent de famine, de choléra, de paludisme et meurent en fait à petit feu. Tout le monde en a marre de la guerre et réclame du gouvernement congolais comme des rébellions un arrêt inconditionnel des combats. Ainsi, des représentants de syndicats et d’Églises réunis à Kinshasa le 18 mars ont dénoncé le gouvernement congolais qui menaçait à la suite de la reprise des combats de se retirer du dialogue intercongolais.

Parallèlement aux violents combats qui ont éclaté durant les dernières semaines, la situation s’est aggravée pour la population. Selon diverses ONG, 30 000 personnes ont été déplacées de force.


QUELQUES LIENS INTERNET :

Le site de l’Observatoire de l’Afrique centrale, régulièrement mis à jour, vous offre quantité d’information et d’analyses, ainsi que de nombreux liens vers d’autres sites intéressants concernant l’Afrique centrale en général et la République démocratique du Congo en particulier.
http://www.obsca.com

Quant au site de AllAfrica.com, il vous offre les dernières actualités concernant la République démocratique du Congo, à l’adresse suivante :
http://fr.allafrica.com/congo_kinshasa/