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Question d’équilibre

Stephanie FELKAI, 26 juin 2002

Le gouvernement canadien publiait récemment le Document de discussion sur la contribution du Canada à la lutte contre les changements climatiques. Des audiences publiques sont prévues afin de permettre à la population de donner son avis sur la question. Un pas vers la concrétisation de nos engagements pris en 1997, lors de la signature du protocole de Kyoto ?

« Le climat se doit d’être avant tout un équilibre. Les émissions de gaz carbonique doivent égaler les extractions », affirme Peter Brown, directeur de l’École d’environnement de l’Université McGill. « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 50 ans, le deuxième meilleur moment est maintenant. Nous devons réduire de façon significative les émissions de gaz à effet de serre [GES] et le protocole de Kyoto n’est pas adéquat. » L’entente internationale prévoit une réduction des GES de 6 % en deça du niveau d’émission de 1990 d’ici à 2012.

Selon certains, des coupures dans les émissions de gaz carbonique auraient un impact sur l’industrie canadienne. Ainsi, même si le gouvernement fédéral s’est engagé à ce qu’aucune des régions du pays ne soit affligée d’un trop lourd fardeau, les Albertains sont nerveux. Dans une allocution prononcée devant la Chambre de commerce de l’Alberta, Ralph Klein affirmait que « le protocole de Kyoto n’est pas une solution, ni pour l’Alberta, ni pour le Canada ».

L’Association canadienne des producteurs de pétrole (ACPP) a publié récemment un document expliquant leurs préoccupations concernant la ratification du protocole de Kyoto. Ils souhaitent que le rôle significatif du Canada en matière de production énergétique soit reconnu en tenant compte de la compétitivité du marché partagé avec les États-Unis et le Mexique. Le document rappelle que « le gouvernement du Canada reconnaît publiquement que des développements futurs dans le secteur pétrolier sont importants pour la sécurité énergétique, la balance de paiements, le taux d’emploi et la garantie de revenus du gouvernement fédéral ».

L’argument du PIB

Pourtant, le Document de discussion donne des exemples d’entreprises canadiennes et de multinationales (incluant British Petroleum) qui ont baissé leurs coûts de production en réduisant leurs émissions de GES et en prenant des mesures plus efficaces sur le plan énergétique. IBM, par exemple, a épargné 50 millions de dollars après avoir appliqué des mesures d’efficacité énergétique et plusieurs autres entreprises ont atteint leur objectif de réduction de GES avant la date fixée.

Selon différentes estimations, la ratification du protocole de Kyoto entraînerait une baisse du produit intérieur brut (PIB) de 0 à 2 %. Mais Peter Brown ne croit pas que ces chiffres soient un indicateur fiable des bénéfices potentiels reliés à la ratification du protocole, puisque d’autres variables comme les maladies pulmonaires ou le cancer affectent aussi la croissance du PIB.

Il affirme qu’une réduction de 2 % du PIB en 2012 n’entraînerait pas nécessairement une dégradation de la qualité de vie mais pourrait plutôt favoriser une amélioration générale, causée par la réduction éventuelle des cas d’asthme ou d’emphysème.

Selon l’Institut Pembina, une organisation de recherche et d’éducation en politique environnementale, « la compétitivité canadienne, définie de façon globale, va bénéficier de la décision du gouvernement canadien de ratifier le protocole ».

« Kyoto est une opportunité pour le Canada et non un fardeau, affirme Peter Brown. C’est une bonne opportunité qui permettrait de mettre l’économie canadienne sur un chemin différent, le chemin du futur. Les États-Unis sont sur une autre voie, celle du passé. Nous allons devancer les Américains, en matière d’innovation, de nouvelles technologies et de création d’emplois, grâce au développement de ces technologies. Nous avons une population bien éduquée au Canada, et c’est selon moi un point tournant. »

Prochaine étape

Une première version du plan est attendue pour l’automne, une fois que les consultations auront eu lieu et que l’une des quatre options aura été choisie. Les options présentées sont une combinaison d’échanges de droits d’émission intérieur (EDEI), de mesures ciblées exclusivement et d’achats de permis internationaux par le gouvernement canadien.

M. Brown préfère les options qui favorisent les échanges de droits d’émission intérieur. Ce système encouragerait les compagnies à innover pour augmenter leur efficacité énergétique et réduire leurs émissions de gaz à effets de serre. Cette option impliquerait aussi que les compagnies détiennent un permis pour chaque tonne de GES rejetée dans l’atmosphère. Le professeur n’est pas favorable à l’idée que le Canada puisse acheter des crédits sur le marché international d’émission de permis, affirmant qu’« on ne doit pas régler ce problème en achetant des contrats peu fiables avec d’autres pays ». Il conclut : « Les Canadiens sont prêts à faire des sacrifices pour le bien commun et pour des causes en lesquelles ils croient. Le sacrifice exigé n’est pas très grand [compte tenu des bénéfices] et Kyoto devrait être considéré comme une opportunité d’amorcer un virage que les États-Unis ne prendront pas . »

Stephanie Felkai, collaboration spéciale