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Le cas de la communauté Anicinape de Kitcisakik

Une approche participative à l’autodétermination environnementale

20 septembre 2007

La Communauté anicinape de Kitcisakik est une petite communauté des Premières nations vivant dans la partie nord de la Réserve faunique La Vérendrye dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue au Québec. La communauté renferme environ 400 habitants et se situe à environ 90 kilomètres au sud-est de Val-d’Or. Leurs principales langues parlées sont l’algonquin et français.

Les Anicinapek de Kitcisakik n’ont jamais quitté leur terre ancestrale et leur communauté n’a pas de statut légal reconnu. Ils sont en quelque sorte considérés comme des « squatteurs » qui s’opposent à ce qu’on les déplace dans une réserve. Ils ont continué à vivre sur leur territoire traditionnel. Toutefois, comme ils ne possèdent pas de statut officiel, ils n’ont pas accès à des ressources financières pour des services de base comme le logement, l’approvisionnement en eau, l’assainissement, l’éducation locale et une base économique durable.

La situation et les conditions de vie à Kitcisakik sont inappropriées à bien des points de vue. Les logements actuels sont pour la plupart de simples abris d’une seule pièce, non isolés et chauffés au moyen d’un poêle à bois. Même aujourd’hui, les maisons n’ont pas d’eau courante ni de toilettes. Les toilettes extérieures sont encore chose courante et c’est en 2001 uniquement qu’une douche communautaire et une buanderie ont été construites. Auparavant, l’eau courante n’était disponible qu’à partir d’un robinet situé au centre de santé. Les membres de la communauté vivent également sans électricité. Seul le centre administratif de la bande et le centre de santé ont accès à une génératrice diesel peu fiable.

Les membres de la collectivité savent qu’ils ont besoin des choses essentielles de la vie courante, comme un logement adéquat, un approvisionnement suffisant en eau potable, des installations sanitaires appropriées, un enseignement local qui reflète leur patrimoine culturel et une base économique durable. Pour ce faire, Kitcisakik planifie l’édification d’une nouvelle communauté par une approche d’ensemble qui respecte leurs traditions. La gestion autonome des ressources naturelles de leur territoire traditionnel fait partie intégrale de cette approche et la collectivité vise à établir un développement socioéconomique durable. Un comité de foresterie nouvellement constitué participe à un processus d’aménagement du territoire, notamment des consultations sur un plan d’aménagement forestier et une étude universitaire tentant de définir la notion de foresterie autochtone.

À travers la planification et la définition de leur nouvelle communauté, ainsi qu’à travers l’exploitation autonome des ressources de leur territoire ancestral, Kitcisakik lutte pour défendre leur droit à l’autodétermination environnementale. La communauté de Kitcisakik lutte contre l’imposition du système colonial des « réserves » et pour le développement d’une foresterie durable et respectueuse de la nature. Dans ce processus d’autodétermination, les Anicinapek de Kitcisakik ont optés pour une approche participative en collaboration avec une équipe universitaire et un regroupement de sept partenaires industriels. Cette initiative permettra d’entreprendre un dialogue des savoirs interculturels (cultures autochtones, industrielles et scientifiques) dans le but de mieux définir les paramètres d’une foresterie dite « amérindienne ». Kitcisakik participe ainsi à redéfinir leur communauté et de créer une économie durable et respectueuse de leurs valeurs ancestrales.


Ce texte a été fournis par le Comité pour les droits humains en Amérique Latine (CCDHAL).