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La problématique de l'activité minière canadienne au Pérou

20 septembre 2007

Tout comme le Mexique, le Pérou est également secoué par des conflits sociaux opposant l’industrie minière et la population locale. Même si le contrôle et la gestion des ressources naturelles sont au centre de ces conflits, les enjeux concernent principalement les droits des gouvernements locaux et de la population de pouvoir participer au processus décisionnel sur les projets majeurs qui concernent l’avenir de leur région.

Il s’agit ici d’un droit humain fondamental. La population péruvienne veut non seulement être consultée lorsque l’on décide ce qui se passera avec leurs terres ancestrales, elle veut également que les décisions soient liées au consentement de la communauté.

Ainsi plusieurs municipalités péruviennes de la région du Piura au Pérou luttent contre les projets miniers d’entreprises étrangères comme ceux des entreprises canadiennes Candente Ressources et Plexmar (Québec). Les populations locales défendent l’écosystème unique et fragile de leur région ainsi que leur économie traditionnelle basée sur l’agriculture.

Le cas de Tambogrande représente la première confrontation directe entre l’agriculture et le développement minier au Pérou. Le projet minier de Manhattan Minerals of Canada (MMC) était dans la phase exploratoire seulement quand l’opposition populaire s’est organisée. Le déplacement de 8000 habitants de la région, tel que prévu par le projet minier, a réveillé les inquiétudes de la population. De plus, le projet prévoyait détourner la rivière principale de la région. L’utilisation de l’eau - superficielle et souterraine - était un autre sujet controversé, car la population craignait les impacts négatifs sur l’écosystème, l’agriculture et l’approvisionnement en eau. En effet, le gisement de Tambogrande contient de 85% à 99% de sulfate de fer et cet élément est la cause principale de la contamination acide de l’eau. Suite aux inquiétudes populaires et afin de connaître l’opinion de la communauté, le district municipal a organisé un vote public sur ce projet. La population était invitée à s’exprimer en faveur ou contre le projet de Manhattan Minerals. L’opposition au projet minier a gagné ce vote avec une majorité écrasante de 98,65%.

Cependant, pour le gouvernement central péruvien cette consultation publique n’était pas intégrée dans la législation minière du pays et elle ne représentait pas une obligation juridique pour les autorités compétentes.
Malgré l’opposition populaire, la compagnie minière a tenté d’aller de l’avant avec son projet, mais en 2003, la société publique Centromin Peru, chargée d’évaluer ce projet controversé, a décidé d’y mettre fin en raison de non-conformité aux critères du contrat d’exploration. Manhattan Minerals a par la suite tenté d’apporter sa cause en appel, mais le projet a définitivement été abandonné en 2004.

La victoire du peuple de Tambogrande donne aujourd’hui espoir aux autres communautés qui luttent contre des projets miniers similaires et qui essayent de reproduire les initiatives et les stratégies développées à Tambogrande. Ainsi, en septembre 2007 trois communautés de la région du Piura, où Rio Blanco propose d’installer une mine à ciel ouvert, ont organisé un référendum populaire. Ce référendum a permis à la population d’exprimer leur opinion, désirs et inquiétudes face à ce méga projet minier. Par exemple, la population de la région de Suyo a voté contre les gros projets miniers. Cependant, elle se dit ouverte face à l’exploitation minière artisanale, mais uniquement si celle-ci ne comporte aucun risque environnemental.

Dans ce contexte il est important de noter que la lutte pour l’autodétermination environnementale et pour le droit au référendum populaire est soutenue par l’article 21.1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, par les articles 2 et 6 de la Charte Démocratique Interaméricaine (Inter-american Democratic Charter), par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, par les politiques des Nations Unies ainsi que par la Convention Américaine des droits humains (American Convention on Human Rights). Il est temps que le Pérou intègre le droit au référendum populaire dans sa législation minière et dans le processus décisionnel du gouvernement.


Références :

- José de Echave, 2005. « Canadian Mining companies investments in peru : the Tambogrande case and the need to implement reforms ». www.miningwatch.ca/updir/Peru_case_study.pdf, consulté le 4 novembre 2007.

- « Peruvians Vote 95% to Save Andean Forests from Mining ». http://www.ens-newswire.com/ens/oct2007/2007-10-10-01.asp, consulté le 25 octobre 2007

- « Anti-mining demonstrators Blockade Peruvian Roads », http://www.ens-newswire.com/ens/may2007/2007-05-07-04.asp, consulté le 25 octobre 2007.

- « Suyo District Firms Opposition to Big Mining », http://www.minesandcommunities.org/Action/press1065.htm, consulté le 21 octobre 2007.

- « The New Gold Fever », http://www.geocities.com/factortierra3/factortierra2/chira/20060907/, consulté le 21 octobre 2007


Ce texte a été fournis par le Comité pour les droits humains en Amérique Latine (CCDHAL).