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Forum social mondial de Porto Alegre

Pour les Québécois, des rencontres, des discussions et beaucoup de concret

France-Isabelle LANGLOIS, Gil COURTEMANCHE, 27 janvier 2003

Jeudi dernier, quelque part parmi plus de cent mille personnes qui marchaient pour célébrer l’ouverture du Forum social mondial, on pouvait distinguer une vingtaine de drapeaux québécois, un peu perdus dans la marée des drapeaux rouges étoilés du Parti des travailleurs, le parti de Lula, le nouveau président du Brésil. Ils étaient environ une centaine de Québécois avec en tête la ministre québécoise, Louise Beaudoin, qui participaient à cette énorme fête.

PORTO ALEGRE - Puis, le lendemain matin ils se sont éparpillés un peu partout, certains pour écouter des conférences, d’autres pour participer à des ateliers qui discutent d’action concrète, d’autres pour prendre part à des réunions privées dans lesquelles on élabore avec des partenaires du sud de nouveaux projets. Le FSM, c’est un immense bazar dans lequel on s’instruit, on partage et on tente de construire une plus grande solidarité, mais aussi durant lequel on élabore ou consolide des projets concrets.

Mais, comme demanderait Yvon Deschamps, « qu’ossa donne » Pierre Paquette, député du Bloc québécois, admet que ce rassemblement comporte un aspect de réconfort pour les militants. Durant quelques jours, on a l’impression de constituer une force avec laquelle il faut compter. Avec quatre cents autres parlementaires, il est surtout venu ici pour travailler au développement d’un réseau d’élus progressistes dont une des premières tâches sera la rédaction d’un projet de démocratisation du Fonds monétaire international.

La ministre Louise Beaudoin, quant à elle, avait été invitée ici l’année dernière par les autorités de la province Rio Grande do Sul avec qui le Québec a signé une entente de coopération. C’est aussi de cette visite qu’est né le projet d’Observatoire de la mondialisation dont elle annonçait la composition la semaine dernière. La ministre, qui se dit « toujours militante dans l’âme », pense que le Forum est une magnifique occasion de ressourcement « même si on y trouve à la fois le meilleur et le pire ». En ce sens, elle est particulièrement préoccupée par un des grands sujets de discussion à Porto Alegre, « l’importance du rapprochement entre le politique et la société civile ».

Le Forum, c’est aussi l’occasion pour Québécois et Canadiens du mouvement social de se réunir et de développer des stratégies communes. Ainsi des rencontres entre organisations canadiennes et québécoises, la semaine dernière, ont accouché d’un projet de Forum social Québec-Canada qui se tiendra probablement à Montréal à l’automne 2003.

Le cas des universités

Loin des assemblées monstres et bruyantes, un petit groupe de recteurs d’université se penche sur une tragédie, celle de la privatisation de l’enseignement supérieur particulièrement dans les pays pauvres. « Prenons l’exemple du Liban. Le pays compte une vingtaine d’universités, mais une seule est publique. C’est une catastrophe. »C’est Roch Denis, recteur de l’UQAM, qui cite cet exemple, qui s’applique aussi au Brésil où les institutions privées abondent. Forts de la promesse du gouvernement Lula de faire passer la part du PIB consacrée à l’éducation de 3,5 % à 8 %, les dirigeants de l’enseignement supérieur cherchent des formules pour démocratiser et décentraliser.

Or, nous a confié Roch Denis, le nouveau ministre de l’Éducation brésilien s’est dit extrêmement intéressé par l’expérience de l’université en réseau qu’est l’Université du Québec. Voilà un nouveau chantier de coopération avec le Brésil qui s’ouvre peut-être. Dans le cas du directeur général du Conseil de développement de la Mauricie, c’est dans le sens Sud-Nord que se feront peut-être les échanges de modèles. Convaincu que le développement ne passe pas seulement par l’économie mais aussi par le développement social, il est venu ici se nourrir de l’expérience des autres en ce domaine.

Les centrales syndicales québécoises et canadiennes (à l’exception de la FTQ) comptent de fortes délégations à Porto Alegre. Dans le cas de la Confédération des syndicats nationaux, rappelle Claudette Carbonneau, sa présidente, ce n’est que la suite logique d’une longue collaboration avec la principale centrale syndicale du Brésil, la CUT, qui fut une des forces principales dans l’ascension de Lula vers le pouvoir et dans la mise sur pied du FSM. 

« Dans le Sud, dit-elle, les syndicats ont une longue expérience dans l’élaboration d’outils pour faciliter les liens nécessaires entre le syndicalisme et l’économie solidaire. Pour nous qui avons laissé les coopératives loin derrière, c’est un chantier qu’il faut développer et ce qui se fait ici peut nous inspirer. »

Mais le principal apport du FSM à la dynamique des centrales syndicales, c’est qu’il a contribué à permettre de rendre plus concrets les enjeux de la mondialisation pour l’ensemble des travailleurs syndiqués. Citant l’exemple de la formidable mobilisation lors du Sommet des peuples au printemps 2001, Claudette Carbonneau lance : « Maintenant, quand on parle de mondialisation et de solidarité internationale avec nos membres, ils n’ont plus l’impression d’être dans la théorie, ils savent qu’ils sont dans le concret. »


Gil Courtemanche et France-Isabelle Langlois assistent au Forum social mondial en tant qu’envoyés spéciaux d’Alternatives. Cet article a été publié dans le quotidien Le Devoir, lundi le 27 janvier 2002.