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Démocratie de participation

Porto Alegre, ville modèle

Gil COURTEMANCHE, 27 janvier 2003

Chaque fois qu’il rencontre un visiteur étranger, Eduardo Macunso, responsable des relations internationales de la ville de Porto Alegre, lui offre un verre d’eau aux couleurs de la ville et lance en riant : « C’est l’eau de la ville, de l’eau populaire, démocratique et absolument pure. » La qualité de l’eau, pour lui, illustre le mieux la transformation de cette ville qui était complètement délabrée quand le Parti des travailleurs a pris le pouvoir en 1989. En fait la ville était en faillite.

PORTO ALEGRE, BRÉSIL - Aujourd’hui, tous les habitants de la ville ont accès à de l’eau potable, 98 % ont accès à l’électricité, 100 % de la population est alphabétisée (les écoles publiques relèvent de la municipalité au Brésil), le réseau d’égouts couvre 92 % de la ville, et 1800 autobus modernes sillonnent cette ville d’une superficie de 470 kilomètres carrés .

Quand le PT remporte la mairie, le Brésil sort de la dictature. La corruption et l’évasion fiscale constituent la norme. Seul le centre de la ville (10 % de la superficie) est doté de services publics. Le PT sera élu sur un programme de transformation radicale de la culture politique brésilienne : la démocratie de participation. « Tous les spécialistes, rappelle Macunso, nous ont dit que notre programme mènerait à l’anarchie populaire et à la paralysie administrative. Nous avons prouvé exactement le contraire. »

En 1993, les mécanismes du budget participatif sont en place. Depuis, l’équivalent de plus de 800 millions de dollars canadiens ont été dépensés en fonction des priorités décidées par le Conseil du budget participatif. Ce Conseil est formé de deux représentants élus lors des délibérations qui se déroulent chaque année dans les 16 quartiers de la ville, deux conseillers qui sont liés par les résultats des consultations. Cette année, environ 70 000 personnes ont participé au processus. Les citoyens participent aussi aux discussions de six assemblées plénières thématiques dont les discussions servent à préciser les orientations dans des domaines comme l’éducation, le développement économique ou la culture.

De plus, la municipalité a mis sur pied vingt conseils qui servent de lien permanent et de lieux de discussion entre les élus, la société civile et des travailleurs.

Processus exigeant

Eduardo Macunso admet sans hésiter que tout ce processus consomme beaucoup de temps et que la culture démocratique est exigeante mais, dit-il, « ce que nous perdons en temps, notre bilan le démontre, nous le gagnons au centuple en efficacité parce que nous agissons toujours en harmonie avec les véritables besoins du terrain ».

Le succès de Porto Alegre a fait des petits. Macunso souligne avec fierté qu’une centaine de villes au Brésil ont adopté le budget participatif. Lors du Forum mondial des autorités locales, la mairesse de Sao Paulo (sept millions d’habitants) a déclaré que la mégapole du Brésil se lançait dans cette direction. Le maire de Rosario, une des villes les plus importantes de l’Argentine, a indiqué que pour lui, Porto Alegre constituait un modèle essentiel. Quand on demande à Macunso si le modèle de sa ville peut s’appliquer partout, il prononce un non franc. « Nous pouvons inspirer, mais chacun doit inventer sa démocratie. »

Gustave Massiah, spécialiste reconnu de la question urbaine, est du même avis que Macunso mais souligne qu’environ mille villes dans le monde tentent de suivre la voie tracée par Porto Alegre. Cependant, il faut prendre conscience de deux risques toujours présent, rappelle Massiah. « Comment réussir à faire participer des gens à une discussion technique comme celle d’un budget sans tomber dans la technicité qui peut occulter le politique ? Et surtout, comment concilier le fait que les gens qui participent sur une base volontaire, même s’ils ne sont pas nombreux, ne représentent pas tout le monde dans la cité ; ils n’en représentent qu’une partie. C’est pourquoi je réponds aux gauchistes qui veulent faire disparaître les élus qu’il faudra toujours des gens qui détiennent un mandat de l’ensemble de la population. »


Gil Courtemanche assiste au Forum social mondial en tant qu’envoyé spécial d’Alternatives. Cet article a été publié dans le quotidien Le Devoir, lundi le 27 janvier 2003.