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Partenaires

Forum social québécois

Un remède au déficit démocratique

Nathalie Guay, 4 juillet 2007

L’émergence du processus des forums sociaux en 2001 à Porto Alegre au Brésil visait non seulement à critiquer la pensée unique portée par les élites économiques et politiques de la planète, mais aussi à stimuler des alternatives au néolibéralisme. Cette nouvelle façon de faire de la politique a trouvé écho au Québec. Il y eut en 2002 le Forum social régional de Québec Chaudière-Appalaches, de nombreux Campements de la jeunesse, le Forum social régional Saguenay-Lac-St-Jean en 2006, et, du 23 au 26 août 2007, se tiendra à Montréal le premier Forum social québécois (FSQ).

L’émergence du processus des forums sociaux en 2001 à Porto Alegre au Brésil visait non seulement à critiquer la pensée unique portée par les élites économiques et politiques de la planète, mais aussi à stimuler des alternatives au néolibéralisme. L’une des facettes de cette stratégie était de prendre le contre-pied du Forum économique mondial ─ au cours duquel quelques milliers de personnages puissants se rencontrent pour traiter, à huis clos, des directions à donner à la mondialisation ─ en créant le Forum social mondial (FSM), un espace public ouvert à la participation de plusieurs dizaines de milliers de personnes de tous les horizons.

Face à un ordre mondial hiérarchisé et imposé par le haut, face au déficit démocratique de projets négociés dans l’ombre par des élites, le FSM a consolidé le désir de nombreuses populations à travers le globe d’orienter leur avenir collectif sur un mode différent, celui de l’horizontalité, du respect de la diversité, de la proximité, de la transparence, de l’inclusion et de l’équité.

Cette nouvelle façon de faire de la politique a trouvé écho au Québec. Il y eut en 2002 le Forum social régional de Québec Chaudière-Appalaches, de nombreux Campements de la jeunesse, le Forum social régional Saguenay-Lac-St-Jean en 2006, et, du 23 au 26 août 2007, se tiendra à Montréal le premier Forum social québécois (FSQ).

De nombreux enjeux seront abordés à l’occasion du FSQ afin d’engager des débats inclusifs et participatifs sur l’avenir de notre société. Il s’agira aussi d’un moment privilégié afin de revendiquer auprès de nos élites une plus grande connaissance et participation dans les prises de décisions qui affecteront directement le quotidien de l’ensemble de la population.

Car le Québec n’est pas à l’abri d’une dérive oligarchique. Il suffit de mentionner l’existence du Partenariat sur la sécurité et la prospérité (PSP), ce projet visant à approfondir l’intégration entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Par son déficit démocratique et les dangers qu’il laisse planer sur l’avenir des sociétés nord-américaines, notamment quant à la privatisation des ressources naturelles, le PSP est un exemple typique des projets néolibéraux que contestent les mouvements réunis dans les forums sociaux depuis 2001.

Le PSP est le fruit d’une rencontre tenue à Waco au Texas en mars 2005 entre les chefs d’État de l’Amérique du Nord. Il est encore plus méconnu que ne l’étaient l’ALENA ou la ZLEA à l’époque, notamment en raison de sa structure informelle. Dorval Brunelle, professeur de sociologie à l’UQAM et directeur de l’Observatoire des Amériques, précise : « Ce partenariat prévoit la mise en place d’une Communauté économique sécuritaire avec sa rencontre annuelle des trois « chefs », son cabinet fantôme (comprenant deux ministres par pays : un responsable du dossier de la sécurité, l’autre de la prospérité) et un Conseil nord-américain de la compétitivité (CNAC) qui regroupe les dirigeants des dix plus grandes entreprises de chaque pays (pour un total de 30). En somme, l’Amérique du Nord innove en instaurant une véritable gouvernance publique-privée à l’échelle continentale ». Le PSP manque ainsi de légitimité et cette carence démocratique rejaillira sur les décisions qui en émaneront.

Le PSP présente aussi la nouveauté d’allier la notion de sécurité à l’économie, « lien en vertu duquel la sécurité économique des citoyens des États-Unis passe par la sécurisation de l’accès aux ressources naturelles de base indispensables, non seulement au maintien de la croissance économique chez eux, mais surtout à la pérennisation d’un mode de consommation et de vie appartenant à l’American Way of Life », affirme M. Brunelle. Ainsi, la gestion de certaines ressources naturelles, essentiellement l’exportation d’eau du Canada vers les États-Unis, la privatisation et l’exploitation des sources de pétrole (nos fameux sables bitumineux) ont récemment fait l’objet de discussions entre les partenaires, sans que l’opinion publique en soit informée. Car tout ce qui relève d’enjeux sécuritaires doit demeurer secret...

Cette stratégie du voile n’est certes pas innocente. Les mobilisations de la société civile dans les Amériques à l’encontre du projet de ZLEA ont certainement contribué à l’échec de l’accord. Fortes de ce succès, plusieurs organisations, dont le Réseau québécois sur l’intégration continentale et ses partenaires du Canada, du Mexique et des États-Unis profiteront des forums sociaux de l’été aux États-Unis et au Québec pour convier la population à exiger le respect de ses droits démocratiques, notamment pour que soient débattus publiquement les objectifs et les moyens mis en oeuvre par ce nouveau partenariat où le secteur privé semble plus agissant que jamais.

Le FSQ devra aborder ce problème, en août prochain, lorsqu’il s’interrogera sur les projets de société pour le Québec de demain. Mais il doit aussi envisager le déficit démocratique de notre société dans un horizon plus large, soit la nécessité de renouveler les pratiques politiques contemporaines afin qu’elles permettent la transparence, la participation et la diversité requises dans une démocratie digne de ce nom.