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Ouverture du Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre 2003

Une immense marche contre la guerre en Irak ouvre le Forum social mondial

Le vendredi 24 janvier, La Presse, Porto Alegre 2003

Pascale BRETON, 24 janvier 2003

La pluie est tombée une partie de la journée sur Porto Alegre, lavant les rues et délestant de quelques degrés l’air humide et lourd. Puis l’éclaircie, en fin d’après-midi, comme une invitation pour les dizaines de milliers de personnes qui ont envahi les rues.

Ils étaient des dizaines de milliers, formant une file de près de trois kilomètres, à marcher, crier, danser et chanter au milieu de l’avenue Broges Medeiros, au coeur de la ville, dans le cadre du Forum social mondial.

Des femmes, des hommes, jeunes et moins jeunes, de tous les pays, toutes les nationalités et toutes les langues, à défiler dans une ambiance festive typiquement brésilienne, sous les regards de centaines de badauds massés le long des trottoirs. Aux balcons des immeubles en hauteur du centre-ville, les Brésiliens étaient accoudés, applaudissant et lançant des papiers qui virevoltaient doucement avant de tomber, comme une pluie de confettis, sur les manifestants qui les recevaient en riant.

Cette marche d’ouverture est un incontournable du Forum social mondial, estime la présidente du conseil d’administration d’Alternatives, Monique Simard, qui, à sa troisième expérience du genre, saluait encore une fois hier l’esprit festif des Brésiliens qui donne une saveur particulière à l’événement. Jetant un regard sur les dizaines de milliers de personnes descendues dans les rues, Mme Simard parle de la force de ce forum. « L’esprit et la philosophie qui sous-tend ces forums sociaux témoignent d’une véritable lame de fond. Il ne s’agit pas seulement d’une logique d’opposition, mais de proposition », dit-elle.

Le spectacle est grandiose. À perte de vue, des manifestants tendent à bout de bras des drapeaux qui s’entremêlent au vent, formant une danse de toutes les couleurs. Le fleurdelisé bleu et blanc du Québec, le rouge marqué d’une étoile jaune du Parti des travailleurs, le drapeau vert, rouge et blanc de la Palestine, le vert et jaune du Brésil.

« C’est magnifique, je crois vraiment qu’un autre monde est possible pour tout le Brésil et surtout, pour les fermiers sans terre avec qui je travaille, lance émerveillée, Clarice Garvey, une missionnaire d’origine canadienne qui vit au Brésil depuis 30 ans. Elle a l’âge d’une grand-maman, avec ses cheveux blancs impeccables et son doux sourire, elle rit et s’amuse aux côtés de jeunes à peine sortie de l’adolescence. « C’est incroyable, c’est un signal très fort que de voir tous ces groupes ensemble », dit-elle.

Unis, les manifestants ont marché contre la guerre et contre la volonté du président des États-Unis, Georges W. Bush, de faire la guerre à l’Irak. Ils ont aussi marché pour la Palestine, contre la Zone de libre-échange des Amériques et pour « Lula », Luiz Ingnacio Lula da Silva, le nouveau président du Brésil.

« Ohé ! Ohé ! Ohé ! Lula, Lula, Lula... » chantent les marcheurs, avec un peu moins de vigueur que l’an dernier toutefois, alors que le pays était en pleine campagne électorale. Il faut dire aussi que certains extrémistes critiquent la décision du nouveau président, issu de la gauche, d’assister au Forum économique mondial de Davos, événement que contestent justement les participants au Forum social mondial.

Parallèlement à ces thèmes forts, d’autres manifestants marchent en silence, un masque sur les lèvres, rappelant l’épidémie dévastatrice du sida. D’autres militent pour les fermiers sans terre du Brésil, d’autres encore pour la protection de l’environnement. Et tout à côté, quelques-uns dansent la samba, d’autres jouent du tam-tam ou de la cymbale en effectuant quelques pas de danse.
« J’aime l’atmosphère, c’est très différent, avec des langues différentes. Les gens de partout viennent nous voir et essaient de nous parler. Moi, je suis ici pour montrer que le Québec est solidaire de ses copains du Sud, en bas des États-Unis », déclare Marie Depelteau-Paquette, la fille du député bloquiste Pierre Paquette, à sa première expérience à Porto Alegre.

Les syndicats sont aussi très présents. Ils n’ont pas le choix, affirme Sylvain Martin, l’un des cinq représentants des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA) au Forum social mondial, rappelant que des usines comme GM de Boisbriand ou la Pratt and Whitney sont touchées par le phénomène de la mondialisation. « C’est la solidarité, des gens de partout sont là pour la même cause. Les entreprises se mondialisent, la solidarité doit se mondialiser elle aussi », croit M. Sylvain.

Après une marche pacifique qui aura duré plus de deux heures et demie, dans un calme étonnant, les manifestants se sont arrêtés dans un parc de la ville pour faire la fête. Et vive la samba !


Cet article a été publié dans La Presse le 24 janvier 2003.