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Le Canada doit réviser sa politique en Palestine

Pierre BEAUDET, 29 mars 2007

Depuis plus d’un an, le gouvernement canadien a pratiquement coupé les vivres aux Palestiniens des territoires occupés (l’aide humanitaire a été maintenue cependant). De concert avec l’administration Bush et le gouvernement israélien, cette politique a été conçue pour « punir » les Palestiniens d’avoir élu majoritairement et démocratiquement le Hamas, un mouvement qui se réclame à la fois du nationalisme et de l’Islam politique.

Or ce boycott est catastrophique pour la population. À Gaza où la situation est encore plus grave, plus de 75 % des gens n’ont plus d’emploi. Selon l’Agence des Nations unies responsable des territoires occupés (UNWRA), 70 % des gens vivent sous le seuil de la pauvreté, incapables de subvenir à leurs besoins fondamentaux, y compris en matière de nourriture. Ce sont les enfants de moins de 15 ans, qui composent la majorité de cette population, qui sont le plus affectés. L’accès à l’école et aux soins de santé est devenu aléatoire, en bonne partie à cause de l’implosion de l’administration publique. En effet, les salaires des enseignants et du personnel de santé, de même que ceux de l’ensemble des 140 000 employés de l’État, ne sont pratiquement plus payés.

Les Palestiniens tentent de se réorganiser

À la suite de négociations ardues ces dernières semaines, les principales factions palestiniennes dont le Fatah et le Hamas ont convenu de mettre en place un nouveau gouvernement d’unité nationale. D’une part pour mieux gérer la crise humanitaire actuelle. D’autre part pour mettre fin aux combats interpalestiniens qui ont ensanglanté les territoires depuis quelques mois. La levée du boycott par les pays donateurs est une condition indispensable pour que ce projet réussisse. C’est dans ce sens que plusieurs pays européens dont la Norvège, la Suède et la France ont commencé à discuter avec les autorités palestiniennes pour remettre en place les programmes d’aide.

Washington et Tel-Aviv disent non

Pour le moment cependant, les deux principaux joueurs refusent de discuter avec les Palestiniens pour dénouer l’impasse. L’administration américaine répète que les Palestiniens doivent accepter sans nuance les conditions déjà connues, à savoir, la reconnaissance par le Hamas de l’État d’Israël, l’arrêt de la résistance militaire et le respect des accords antérieurs. Cette position dure ne cadre pas avec l’approche adoptée par les pays arabes et par le Président palestinien qui voudrait plutôt apaiser la crise actuelle, permettre aux Palestiniens de souffler et intégrer Hamas au processus politique. Comme l’affirme Khaled Maschal, le chef politique du Hamas : « La réalité est qu’Israël existe sur le territoire palestinien. C’est un fait qu’il va demeurer un État nommé Israël ».

Un changement est nécessaire à Ottawa

Le boycott de l’autorité palestinienne décrété depuis un an a beaucoup fait mal. Or ces projets (dont le budget totalisait environ 25 millions de dollars par année) sont indispensables pour aider à alléger le sort des jeunes et des moins jeunes, et aussi pour encourager la reprise d’un véritable dialogue palestino-israélien. Dans le passé, le Canada a agi dans ce sens sur une base indépendante. Tout en mettant au premier plan la sécurité d’Israël, le gouvernement canadien s’est engagé du côté des Palestiniens, notamment en appuyant la mise sur pied d’un État palestinien sur les territoires occupés en 1967. À plus ou moins long terme, la solution pacifique au conflit est pensable sur la base d’un principe clair et simple : « La paix contre les territoires ».