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L’administration Bush confrontée à l’électorat américain

Élections mi-mandat

Donald CUCCIOLETTA, 2 novembre 2006

Le 7 novembre prochain, les Américains iront aux urnes pour élire 435 représentants à la Chambre, 33 sénateurs et 36 gouverneurs. Historiquement, les élections présidentielles de mi-mandat soulèvent peu d’enthousiasme au sein de l’électorat. Cette année risque cependant d’être différente. Après cinq années de guerre en Afghanistan et une interminable guerre en Irak qui recueille de moins en moins d’appui dans la population (60 % des Américains sont contre), la popularité du président Bush se trouve à son niveau le plus bas de son règne, soit 32 %.

S’ajoute à cela une politique domestique quasi inexistante, le fiasco de l’ouragan Katrina, un rapport des services de renseignements qui qualifie la lutte contre le terrorisme de désastre et le désaveu du système politique américain, puisque 75 % de la population juge le Congrès inefficace. Sans oublier les scandales d’influence qui ont touché le lobbyiste Jack Abramoff et le chef des républicains à la Chambre des représentants, Tom Delay.

Dernièrement, un nouveau scandale s’est ajouté à cette liste. Le représentant républicain de la Floride, Mark Foley, est soupçonné de pédophilie. Depuis trois ans, le président de la Chambre des représentants, Dick Hasert, était au courant de cette situation et n’a appliqué aucune mesure punitive. Dans ce contexte, l’élection de mi-mandat prend des airs de référendum contre l’administration Bush.

Majoritaires au Congrès depuis 1996, les républicains ont une emprise certaine sur le programme politique et économique du pays. Ils ont également eu l’opportunité de nommer deux juges à la Cour suprême, nominations qui ont fait basculer la majorité en faveur des conservateurs. Le contrôle du Congrès s’est avéré vital pour l’application du programme politique du parti au pouvoir. En ce sens, la majorité au Congrès est tout aussi importante pour le parti d’opposition. Actuellement, les sondages donnent l’avantage aux démocrates qui pourraient récolter de 15 à 30 sièges supplémentaires, ce qui leur assurerait une majorité confortable à la Chambre. Au Sénat, les républicains pourraient également perdre leur faible majorité au profit des démocrates.

Le Parti républicain se voit donc confronté à la possibilité de devenir un parti minoritaire au Congrès, ce qui affaiblirait sa position pour les élections présidentielles de 2008. Une victoire en novembre, et l’élection d’une majorité de gouverneurs pourrait propulser les démocrates à la présidence. Le président Bush, qui semble avoir perdu toute crédibilité auprès de la majorité des Américains, ne paraît pas en mesure de changer cette tendance ; un signe qui indique la faiblesse de sa présidence.

Un autre phénomène pourrait avoir un impact certain sur les élections de mi-mandat. La force du Parti républicain depuis Ronald Reagan réside dans la coalition créée entre les conservateurs traditionnels, les néoconservateurs et les conservateurs fondamentalistes. Depuis quelque temps, cette alliance est ébranlée et vit une période difficile due aux échecs successifs des politiques de George W. Bush. Les conservateurs traditionnels fustigent le président parce qu’il n’a pas instauré les baisses promises d’impôts. De plus, ils dénoncent la création du Homeland Security, le plus gros département du gouvernement. Selon eux, le département de sécurité intérieure a entraîné l’augmentation des effectifs bureaucratiques, les rendant encore plus encombrants et inefficaces.

Les démocrates ne doivent toutefois pas se fier uniquement aux déboires du Parti républicain pour gagner les élections et, surtout, ils doivent maintenir une impulsion favorable jusqu’en 2008. La défaite du sénateur Joe Libermann aux primaires, le seul sénateur démocrate ayant appuyé l’intervention de Bush en Irak, prouve qu’ils doivent eux aussi s’éloigner des néoconservateurs présents dans leur parti. Comme l’ont fait les républicains en 1980 et Howard Dean en 2004, le Parti démocrate doit adopter de façon consensuelle un programme politique unitaire et solide. Finalement, il est nécessaire qu’il présente une nouvelle image, ce qui signifie éviter le retour des John Kerry, Joe Bidon et autres Al Gore.

C’est aux lendemains du 7 novembre que certains politiciens annonceront leurs intentions en vue des élections présidentielles. Selon les défaites des uns et les victoires des autres, les candidats qui s’afficheront devront créer le consensus au sein de leur parti respectif. En ce sens, une victoire des démocrates le 7 novembre prochain ne garantit pas une victoire en 2008. Ainsi, la tribune dont ils pourraient bénéficier au Congrès ne devra pas servir à seulement critiquer les politiques de l’administration Bush, mais également à dévoiler à la population leurs solutions pour l’avenir.


L’auteur est chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques (UQAM).