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La guerre civile au Népal

Les maoïstes sur l’échiquier terroriste international

Rita MANCHADA, 1er juillet 2002
Photo : Alex Hill

À la suite des événements du 11 septembre, les États-Unis ont identifié le Népal comme étant l’un des joueurs de l’échiquier terroriste international. En novembre 2001, le Népal avait officiellement déclaré l’état d’urgence, déployé l’armée royale et qualifié les rebelles maoïstes de terroristes.

Depuis l’automne dernier, le Népal vit au son des coups de fusil et des déflagrations de bombes artisanales. Le niveau de violence a dramatiquement augmenté depuis les six derniers mois, si bien que 2 000 personnes ont été tuées durant cette courte période.

L’ambassadeur américain au Népal, Mike Malinowski, a affirmé que « les rebelles maoïstes sont pareil aux terroristes ailleurs dans le monde, qu’ils soient membres d’Al Qaïda ou derrière Pol Pot ». Des équipes indienne, américaine et britannique sont présentement en visite au Népal afin de déterminer l’aide militaire à apporter pour lutter contre le terrorisme.
Le chef de l’armée indienne s’est engagé à fournir de l’équipement militaire et à renforcer la surveillance à la frontière indo-népalaise. Washington demande au Congrès une aide de 20 millions de dollars alors que des rumeurs circulent à propos des intérêts stratégiques des Américains au Népal. Un groupe international antimaoïste a aussi été mis sur pied en Grande-Bretagne.

L’Inde est considérée comme le refuge des dissidents népalais impliqués dans les mouvements politiques armés. L’establishment népalais est convaincu que le gouvernement de New Delhi ferme les yeux devant leur présence en terre indienne puisque les autorités ne peuvent se permettre de tolérer une révolution sociale radicale au Népal qui aurait nécessairement un impact néfaste sur les états indiens les plus défavorisés.

Loi martiale

Le gouvernement népalais du premier ministre Sher Bahadur Deuba s’est engagé à poursuivre une stratégie militaire, rejetant toute tentative de dialogue jusqu’à ce que les maoïstes aient rendu les armes. Lors d’une récente rencontre publique, les dirigeants de sept partis politiques (incluant le Congrès népalais au pouvoir) ont toutefois lancé un appel en faveur de la paix et de la protection des acquis démocratiques du Népal des dernières années. Depuis la déclaration de l’état d’urgence, le Népal est sous l’emprise de la loi martiale, qui autorise le recours à la force armée pour la répression intérieure. Les institutions démocratiques du pays s’en trouvent sérieusement affectées.

Les maoïstes, de leur côté, semblent indiquer qu’ils seraient favorables à une trêve. Même s’ils sont capables de causer de sérieux dommages aux bases militaires et aux structures de l’État, l’augmentation de l’aide militaire étrangère pourrait renverser le rapport de forces. Dans la région où sont concentrés les maoïstes, les réserves alimentaires diminuent, si bien que la nourriture pourrait rapidement devenir un enjeu dans cette guerre qui oppose les fidèles de Mao au gouvernement népalais.

Appui populaire

L’intelligentsia népalaise est catégorique : les maoïstes ont perdu l’appui populaire en s’aliénant le soutien de la classe moyenne. Pourtant, en 1996, lorsqu’ils ont élaboré leur programme basé sur « le nationalisme, la démocratie et les moyens de subsistance », ils ont bénéficié d’une vague de sympathie importante parmi la population népalaise, mécontente de la situation politique qui régnait à l’époque. La démocratie à multiples partis, qui a vu passer 11 gouvernements en 12 ans, n’avait que très peu d’impacts sur la pauvreté et la discrimination qui sévissaient à travers le pays. Les maoïstes demandaient aussi l’abolition de la monarchie, symbole du système d’oppression népalais.

Au Népal, il y a une convergence des inégalités régionales, ethniques et économiques. Les 36 ethnies népalaises ont été marginalisées par un système de castes et les maoïstes ont cherché à rejoindre ces communautés ethniques discriminées. Durant la brève période de trêve, ils avaient établi 22 gouvernements locaux dans 75 districts népalais.

Est-ce que les maoïstes sont effectivement en train de perdre leur appui dans la population ? Est-ce que leurs dirigeants ont perdu le contrôle des commandants et de leurs cadres ? Les spéculations et les rumeurs circulent malgré la censure. La seule information disponible est le décompte quotidien du nombre de maoïstes tués. Les organisations de droits humains tant au Népal qu’à l’étranger s’inquiètent de l’identité des gens assassinés. Des sources diplomatiques ont affirmé que l’Union européenne et les États-Unis ont discuté de la question des violations de droits humains avec le gouvernement népalais. Pendant ce temps, à chaque semaine, des marches en faveur de la paix sont organisées par quelques militants de Katmandou. Mais les rumeurs de conflit courent derrière les collines.

Rita Manchanda, collaboration spéciale.


L’auteure est chercheure au Népal.