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La nouvelle guerre froide du président Bush

Donald CUCCIOLETTA, 27 janvier 2006

Que réserve l’année 2006 pour l’administration de George W. Bush ? Très bas dans les sondages (39 %), le président américain aura beaucoup à faire en deuxième moitié de mandat afin de léguer à l’histoire l’image souhaitée. D’autant plus qu’au cours de la dernière année, l’arrogance et l’incompétence démontrées lors de la gestion de la crise provoquée par l’ouragan Katrina ont dévoilé les véritables pieds d’argile de son gouvernement.

Plusieurs signaux ont fini par nous dresser le portrait d’une administration et d’un président qui se croient au-dessus de la Constitution. Aux mensonges sur la présence d’armes de destruction massive en Irak s’est ajouté l’utilisation de la NSA (Agence de sécurité nationale) pour espionner les citoyens américains. Et la liste des ennuis causés par l’entourage immédiat du président ne cesse de s’allonger : Lewis « Scooter » Libby, conseiller du vice-président Dick Cheney, forcé de démissionner après avoir révélé l’identité d’une agente de la CIA, Valerie Palme ; - des soupçons planent toujours autour de Karl Rove sur cette affaire ; Tom Delay, leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, a dû, quant à lui, démissionner suite à des accusations de fraude et de conspiration ; enfin, la mise en accusation du lobbyiste Jack Abramoff, proche de l’administration Bush, vient compléter le scénario.

L’Irak demeurera au centre du programme politique pour 2006. Il ne faut toutefois pas s’attendre à un virage majeur, même si Donald Rumsfeld a projeté de retirer 7000 soldats en cours d’année. Au contraire, il faut plutôt prévoir un durcissement du discours, qui martèlera sans aucun doute la nécessité de mener la guerre au terrorisme. « Nous faisons face à un ennemi qui se répand de l’Espagne à l’Indonésie », affirmait récemment le vice-président Cheney. On peut même s’attendre à ce que le gouvernement américain renforce le parallèle entre la lutte au terrorisme, « nouvel ennemi du peuple », et la lutte anti-communiste. Ainsi, le gouvernement américain pourra renforcer sa légitimité auprès de sa population et de ses alliés internationaux, basée sur l’engagement des États-Unis à répandre la « démocratie » à travers le monde.

Ce durcissement du discours vise trois résultats : d’abord rappeler que George W. Bush est le président de la liberté et de la démocratie. Du même coup, on espère pouvoir créer un parallèle avec Ronald Reagan, toujours très populaire auprès de l’électorat américain, et son rôle dans la lutte anti-communiste et la chute de l’Union soviétique. Enfin, on vise à répandre l’idée que les adversaires démocrates sont tout aussi modérés dans la lutte anti-terroriste qu’ils l’étaient dans la guerre au communisme.

Les stratèges Dick Cheyney et Karl Rove espèrent ainsi voir George W. Bush passer à l’offensive et regagner la confiance de la population. D’autant plus que l’année 2006 sera marquée par d’importantes élections : les Américains auront à élire l’ensemble des 435 représentants de la Chambre, ainsi que le tiers du Sénat et le 2/3 des Gouverneurs. En fonction des hauts taux d’insatisfaction des électeurs envers l’administration républicaine, il importe pour celle-ci de renverser la situation.

Mais pour plusieurs républicains, Bush est plutôt perçu comme un boulet. Sa baisse de popularité déteint sur l’ensemble des candidats. C’est pourquoi Rick Santorum, sénateur républicain en réélection en Pennsylvanie, a déjà envoyé le message à George W. de rester chez soi !

Les démocrates demeureront-ils sur la défensive, comme c’est le cas depuis leur défaite en 2004 ? Les compromis recherchés lors des nominations des juges John Roberts et Samuel Alito Jr. à la Cour suprême semblent indiquer que oui. Prudemment, les démocrates visent d’abord une majorité au Sénat en 2006, qu’ils voient comme un tremplin pour préparer le terrain de leur candidat en 2008. S’ils réussissent, les démocrates auront la mainmise sur l’agenda de la politique étrangère américaine. Ils auront également le pouvoir d’enquêter sur les mensonges utilisés par l’administration Bush pour justifier la guerre en Irak et sur l’espionnage de citoyens américains par la NSA - deux sérieuses violations de la Constitution.

La stratégie républicaine visant à définir une nouvelle « guerre froide » anti-terroriste est donc primordiale pour contrer les adversaires démocrates aux élections de 2006. Le contrôle du Congrès tout comme le coup d’envoi pour une réélection aux présidentielles de 2008 en dépendent. Ça promet !


L’auteur est membre de l’observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques (UQAM).