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Billet

Ouf !

Gil COURTEMANCHE, 27 janvier 2006

Ouf ! Voilà ce qui pourrait résumer ma réaction aux résultats de l’élection. Il est deux heures du matin, Stephen Harper vient de terminer son discours et je crois que nous pouvons tous aller dormir sans faire de cauchemars. La catastrophe n’est pas imminente, mais elle se dessine.

Premier constat : Stephen Harper est doté pour un an ou deux du meilleur outil dont on puisse disposer pour faire une campagne électorale. Il va gouverner et il gouvernera pour la prochaine élection, essayant tant bien que mal de museler ses hordes évangéliques et sécuritaires. Son objectif est clair : poursuivre sa percée au Québec. Une ligne pour l’Ontario dans son discours, mais des paragraphes entiers sur le Québec, le déséquilibre fiscal, une allusion à René Lévesque (pas reprise en anglais), le Québec fort dans un fédéralisme renouvelé, etc. Stephen Harper a crevé lundi une partie de la baloune du Bloc québécois, et il le sait. La montée des conservateurs au Québec, c’est essentiellement la défaite du Bloc. Ses électeurs nationalistes autonomistes fondamentalement conservateurs qui se trouvent enfin une maison qui leur ressemble. Duceppe ne s’est pas trompé et, dans son discours, il a relancé la campagne électorale. Ce qu’on sait en tout cas c’est que ces dizaines de milliers d’électeurs qui ont fui le Bloc n’étaient pas des progressistes.

Deuxième constat : jamais les libéraux n’ont obtenu si peu de suffrages des électeurs francophones au Québec. Bien sûr, les commandites. Mais c’est surtout le prix qu’ils paient pour le mépris constant. Emportée dans ce mépris malheureusement, Liza Frulla qui, autant à Québec qu’à Ottawa, fut une infatigable et exemplaire ministre « des cultures ». À court terme, les plus grands perdants de ces élections sont les artistes. Les conservateurs ont à ce sujet la pensée américaine. La culture relève du domaine privé selon eux. Ils s’en remettent à Pier Karl Péladeau et à Star Académie.

Troisième constat : obnubilées toujours par la question nationale, les forces progressistes au Québec font peu de progrès, éparpillées qu’elles sont dans le Bloc, les libéraux, le NPD et les Verts. Nous découvrons que le nationalisme n’est pas par définition progressiste puisqu’il peut mener à voter pour Stephen Harper. Léo-Paul Lauzon a fait un score admirable dans Outremont, mais le NPD est le principal responsable de cette incapacité de percer alors que le goût était au changement. Lui qui est né au Québec devrait bien savoir la différence, la singularité de cette province. Pourquoi ne parvient-il pas à convaincre son parti que le Québec est la Catalogne du Canada ? La semaine dernière le Parlement espagnol a adopté une loi qui octroyait à la Catalogne le statut de nation. Mais sur ce sujet, malheureusement, Henri Massé de la FTQ a raison : le NPD est dominé par des centralisateurs.

Quatrième constat : je n’aimerais pas travailler dans l’industrie du bois d’œuvre. M. Bush possède un nouvel allier. Je n’aimerais pas non plus être la planète. Stephen Harper s’en fout. Mais, gros problème en vue pour le nouveau premier ministre : un nouveau cas de vache folle a été découvert en Alberta et la majorité des producteurs de bœuf sont dans cette province. Oups !

Cinquième constat : le NPD a fait des progrès énormes en termes de sièges, 29 au lieu de 18, sans toutefois que la proportion du vote néo-démocrate ne connaisse une croissance comparable. Je crois que c’est une victoire qui camoufle un grand problème. Le NPD souhaite-t-il être à jamais l’aile gauche et pensante du Parti libéral ? Si oui, il retombera quand les libéraux auront retrouvé leur âme. Ce sera malheureux car c’est le seul parti qui fait une véritable place aux femmes. Combien de femmes élues pour le NPD et combien pour le Bloc québécois ? Consultez les résultats et vous serez surpris.

Sixième constat : Paul Martin s’en va. C’est un cadeau pour le pays et le Parti libéral. C’est finalement la meilleure nouvelle de cette élection. Quant à la pire nouvelle, c’est la réélection de Bozo-le-clown-Lapierre qui met au défi Harper de respecter son engagement sur le déséquilibre fiscal. Bozo ! Sous Paul Martin, le déséquilibre fiscal n’existait pas.