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FSM 2006 - Bamako

Bamako et son Forum social mondial

Michel LAMBERT, 26 janvier 2006

Avant Caracas, Karachi et Bangkok, le premier Forum social mondial décentralisé commence dans la capitale malienne. On attendais près de 35 000 participants. Bamako (Mali)... mais le comptage final sera sans doute plus bas.

Si loin, si proche : adieu le Brésil, bonjour l’Afrique !

Après quatre éditions à Porto Alegre, sans oublier l’étape décisive de Mumbai (Bombay) qui, en 2004, a contribué à élargir le mouvement au sous-continent indien, le processus de mondialisation des résistances au néolibéralisme débarque pour la première fois en Afrique à l’occasion de sa décentralisation ou, mieux, de son « polycentrage » à Bamako, à Caracas, à Karachi. Alors que, dans le chef-lieu brésilien de « l’autre monde possible », une centaine d’Africains seulement réussissaient à faire le déplacement, le FSM malien, constitue un test avant le grand saut en 2007, quand le forum se déroulera exclusivement à Nairobi, au Kenya, mais c’est surtout un atout pour la dynamique altermondialiste qui va voir bourgeonner le continent noir : depuis le Burkina, la Guinée-Conakry, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et d’autres pays encore, des bus sillonnent depuis plusieurs jours le continent pour gagner Bamako.

Sur la réserve il y a quelques mois, les organisateurs tablent désormais sur 30 000 à 35 000 participants. « Jusque-là, nous étions un peu le maillon faible, rigole Demba Moussa Dembelé, animateur du Forum africain des alternatives, basé à Dakar et membre du Forum social africain. Sur un continent martyrisé et victime des plans d’ajustement, voir Bamako relever le défi du FSM, c’est déjà une grande victoire en soi. Pour les mouvements sociaux du monde entier qui arrivent ici, ça va donner, je pense, un optimisme débordant dans les luttes ! »À l’instar de ce qui va probablement se passer lors du FSM « polycentrique » de Caracas (Venezuela) dans le haut lieu de la « révolution bolivarienne » conduite par Hugo Chávez, mais dans un décalage de plus en plus patent avec la « charte des principes » du FSM, les questions de l’État et de la prise du pouvoir politique sont désormais loin d’être taboues dans le mouvement altermondialiste, et le forum de Bamako entend bien s’interroger sur les alliances à nouer à l’avenir.

« Nous sommes aussi des boucliers pour nos États, considère Mamadou Goïta, un des coordinateurs du FSM au Mali. Nos dirigeants reçoivent des ordres de partout qu’ils n’ont pas le temps d’analyser avec le peuple, mais par nos analyses, on permet à tout le monde de se réapproprier les grandes questions. On l’a vu pour la dette comme pour le coton : nos chefs d’État n’osent pas toujours dire ce que nous, en tant que société civile, nous permettons de lancer à la face du monde. C’est ainsi que nos luttes s’inscrivent dans les processus de décisions politiques... »« il faut passer de la parole à l’acte »Toujours sur son promontoire, Bourema Tabalaba appuie dans le même sens : « Il faut qu’on passe maintenant de la parole à l’acte. Du concret dans le forum, c’est cela qui doit convaincre toute la population de s’engager ! Sinon, les gens qui souffrent terriblement dans leur vie et qui attendent les changements se diront que c’est toujours la même histoire, qu’on parle toujours bien des autres pour mieux engranger les bénéfices soi-même... »

Inspiré de Thomas Lemahieu,/bellaciao.org/fr