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Papouasie occidentale

LA NOUVELLE SE RÉPAND !

LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE SE RÉVEILLE FACE AUX VIOLATIONS DES DROITS DE LA PERSONNE ET À L’IMPUNITÉ DES MILITAIRES INDONÉSIENS EN PAPOUASIE

Alex HILL, 8 novembre 2005

PENDANT près de 40 ans, le monde a détourné les yeux tandis que la Papouasie (Papouasie occidentale ou Irian Jaya) était ravagée par les militaires indonésiens dans le cadre d’un programme de répression. Mais cela commence à changer.

Au cours des trois dernières années, des rapports du Congrès et du Sénat américains ont condamné les violations des droits de la personne en Papouasie. Par ailleurs, les commissions parlementaires du Royaume-Uni, d’Irlande et de Nouvelle-Zélande ont élevé la voix au cours de forums nationaux et internationaux pour dénoncer ce long historique de violations.

La prise de conscience se développe et la nouvelle se répand. Grâce au travail assidu et à l’engagement d’une poignée de défenseurs des droits humains, le monde s’éveille enfin à la tragédie de l’agression militaire indonésienne contre les peuples autochtones de la Papouasie.

Une série d’événements - la chute du régime autoritaire de Suharto en 1998, la libération du Timor oriental, les bombardements de Bali (en 2003 et 2005), et le tsunami dévastateur de l’année dernière dans la province d’Aceh - a amené l’Indonésie sous les feux d’un plus grand nombre de projecteurs.

Ce que découvre le monde aujourd’hui, selon Edmund McWilliams, du Réseau des droits de l’homme en Indonésie, dans son rapport à un comité du Sénat américain l’année dernière, est une « démocratie débutante et fragile, dont le gouvernement n’est pas encore capable de protéger les droits humains fondamentaux de ses ressortissants ». Il précise également que les propres rapports du département d’État des États-Unis indiquent que « la menace principale contre les droits de la personne provient de la force militaire, une institution malveillante, possédant de vastes richesses et exerçant un grand pouvoir, qui a commis des crimes contre l’humanité et peut-être un génocide, et qui demeure impunie ».

La Papouasie est un lieu d’opérations privilégié pour les militaires indonésiens. Pour justifier ses actions, l’État utilise le spectre du mouvement indépendantiste (mouvement largement pacifiste). La Papouasie a été occupée par l’Indonésie en 1963, et incorporée à l’État indonésien par un référendum controversé des Nations Unies en 1969.

Depuis lors, divers groupes politiques ont demandé un réexamen du processus, et une guérilla d’armes légères a commencé à lutter pour légitimer un État indépendant de Papouasie. Pour toute réponse, les militaires se sont engagés dans une campagne de terreur, effectuant des offensives contre les autochtones de Papouasie. Au cours de cette campagne, les militaires suivent trois directives principales axée sur la sécurité interne, ce qui se traduit par des opérations contre la population locale.

La première directive vise à protéger les grandes industries d’exploitation des ressources naturelles, telles que Freeport McMoran et ses mines d’or et de cuivre (les plus importantes du monde), ainsi que la BP et ses projets de développement gazier en Papouasie. Ainsi, les militaires signent des contrats lucratifs de « sécurité » avec les compagnies. Une hésitation de la part de ces dernières à engager les services de l’armée peut avoir pour conséquence de mettre en danger leurs propres employés, qui sont alors pris pour cibles par les militaires, comme cela s’est vu en 2002 quand trois employés de Freeport McMoran (dont un Américain) ont été tués par des hommes portant des armes de l’armée indonésienne. C’est cet incident qui a entraîné la première critique par le gouvernement des États-Unis à l’endroit des activités militaires en Papouasie.

En second lieu, les militaires travaillent pour protéger l’unité de l’État indonésien en écrasant toute expression locale de résistance à l’autorité de l’État. Au cours des trois dernières années, cinq opérations différentes dans des régions éloignées de la Papouasie ont eu lieu : les militaires ont tué des centaines de personnes et détruit des villages entiers en réponse à la résistance locale à l’appropriation sans compensation des terres et des ressources naturelles. Une opération, commencée en août 2004 à Puncak Jaya, dans les hautes montagnes de Papouasie, est encore en cours à l’heure actuelle où, selon le magazine britannique The Ecologist, « les soldats indonésiens brûlent les villages, attaquent les civils, violent les femmes et tuent les hommes, suivant un programme militaire d’envergure et planifié ».

Enfin, les militaires eux-mêmes s’impliquent dans des activités économiques qui menacent la population locale. Ils constituent 70 % de leur budget de fonctionnement grâce à des financements qui ne proviennent pas de l’État : outre les contrats de sécurité lucratifs avec les compagnies d’exploitation, ils s’adonnent au marché noir avec des activités comme la prostitution qui répand le virus du Sida, l’exploitation illégale du bois et la contrebande. Résultat : la Papouasie doit maintenant faire face à un taux de VIH parmi les plus élevés du Sud-Est asiatique, et peut revendiquer le titre de championne du monde de l’industrie illégale du bois.

Cependant, tandis que le monde commence à prêter attention aux problématiques de la Papouasie, les défenseurs des droits humains n’ont pas fini de se heurter à de nouveaux défis. En effet, selon Tapol, la Campagne indonésienne pour les droits humains, entre 12 000 et 15 000 troupes additionnelles sont attendues en Papouasie occidentale entre 2005 et 2009, portant à près de 50 000 le nombre de militaires sur le territoire. Tout cela dans une province de seulement 1,5 million d’habitants...

La société civile en Papouasie (une coalition plus ou moins organisée de quelque 250 tribus distinctes) a, à plusieurs reprises, exprimé le voeu de voir la Papouasie devenir une Terre de Paix, demandant à l’armée indonésienne et aux groupes de milices locales de baisser les armes et de respecter les droits de la personne afin de résoudre les conflits par le dialogue. Malheureusement, quiconque préconise une alternative même pacifique à l’intégration entière et sans condition avec l’Indonésie devient immédiatement candidat à l’arrestation, à la torture ou à l’exécution par les forces de sécurité indonésienne.

Heureusement, la solidarité internationale pour la Papouasie s’organise. Il existe également un mouvement qui s’amplifie et qui fait pression sur l’Indonésie afin qu’elle accepte l’intervention de rapporteurs spéciaux pour les droits de l’homme et pour l’indépendance juridique. Au cours des cinq dernières années, de nombreux rapports annuels de la Commission de l’ONU sur les droits de l’homme en Papouasie se sont empilés. Cependant, tandis qu’une certaine attention se manifeste, la Papouasie a grand besoin d’un mouvement international massif de solidarité, semblable à celui qui a soutenu les droits de la personne au Timor oriental, ou à celui qui est venu en aide aux victimes du tsunami dans la province d’Aceh en 2004. Les déclarations des gouvernements étrangers doivent être suivies d’actions concrètes pour garantir la protection des populations en Papouasie et pour que soient jugés les officiers militaires indonésiens responsables des violations envers les droits humains.

Alternatives et Droits et Démocratie sont fiers de vous inviter à la conférence « Mainmise sur les ressources naturelles en Papouasie occidentale : Quel impact pour les droits humains ? » au cours de laquelle Yan Christian (Chris) Warinussy nous présentera son travail militant en Papouasie occidentale, le lundi 5 décembre à 19h00 au Café du Monument National (1182, boul. Saint-Laurent, métro Saint-Laurent).