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Un Forum social au pays des kangourous

Judy REBICK, 28 mai 2004

Traverser la moitié du monde pour trouver une communauté qui ressemble à celle que vous avez quittée est une drôle d’expérience. J’étais invitée au troisième Forum social de Brisbane, une ville d’un million d’habitants, située sur la magnifique côte est australienne.

Ce Forum social était un mélange de groupes travaillistes, environnementalistes et étudiants, assemblés en plénière, groupes de travail et réunions en plein air. La plupart des sujets concernaient l’Australie. Il a beaucoup été question de l’important mouvement pour les droits des réfugiés, et contre leur détention systématique. Julian Burnside, leader de cette lutte, tenait le discours d’ouverture.

On m’avait invitée à y parler de la Nouvelle initiative politique (NIP) mise sur pied par quelques membres du NPD et qui promeut la démocratie participative et des rapports plus étroits avec les mouvements sociaux. Le jeune reporter attitré d’un syndicat, Matt Collins, qui lit rabble.ca, un journal canadien électronique suivant de près la politique de la gauche canadienne, voulait savoir comment le NIP avait réussi à avoir une telle influence en si peu de temps.

En réalité, Matt Collins est l’un des principaux leaders de Labour for Refugees, le premier mouvement rassembleur qui ait jamais été organisé à l’intérieur du très divisé Parti travailliste australien. La structure en faction semble être un aspect important de l’ensemble de la gauche australienne, incluant le mouvement étudiant. Ce qui signifie que la population se réunit par groupes d’intérêt, et que la démocratie y est en réalité une négociation entre ou parmi ces groupes.

Ici, le Parti travailliste a souvent été en tête dans plusieurs États, et en 1996, au niveau national. À comparer au NDP, il est très conservateur, et est constamment divisé entre deux tendances : la droite travailliste et la gauche travailliste. Les syndicats sont partagés entre les deux, comme toutes les autres organisations sociales. Ces groupes se réunissent selon leur allégeance et obligent habituellement leurs membres à voter lors des assemblées d’investiture du parti en fonction de celles-ci.

Alors que mon discours, sur la démocratie participative et la chute du sectarisme de la gauche canadienne a été plutôt bien reçu à Brisbane lors du Forum social, plus tard dans la semaine, devant une assemblée de travaillistes de gauche, cela a été une toute autre histoire.

Le Forum social de Brisbane est apparemment l’un des seuls événements qui en Australie fait fi de ce sectarisme. Il est presque entièrement organisé par des jeunes, la plupart dans la vingtaine, le plus âgé des organisateurs ayant 40 ans. Difficile de faire rentrer la nouvelle politique altermondialiste au sein de la gauche australienne.

La structure du Forum social a permis aux jeunes qui essaient de faire les choses différemment, de créer un nouvel espace avec succès. Il y avait 300 personnes qui assistaient au Forum, c’était vivant, engagé et intéressant.

Sydney, une plus grande ville, a aussi tenu son Forum social annuel en novembre, mais apparemment n’a pas réussi à réunir autant de personnes qu’à Brisbane.


L’auteure est journaliste et éditrice du magazine électronique rabble.ca.