Les bulletins de vote l’emportent sur les balles : victoire historique du MAS lors des élections boliviennes post-coup d’État

vendredi 30 octobre 2020, par Benjamin Dangl

Contre toute attente, le parti Mouvement vers le socialisme (MAS) a remporté les élections du 18 octobre en Bolivie avec 55,1 % des voix. C’est mieux que le score de Evo Morales en 2005 qui avait obtenu 53,75 % des voix des électeurs. Cela donne au président élu du MAS, Lucho Arce, l’un des mandats les plus clairs de l’histoire bolivienne, et constitue en partie une approbation majeure des politiques du MAS et de ses 14 années au pouvoir.

Les élections ont eu lieu quasiment un an après le coup d’État qui a renversé l’ancien président du MAS, Evo Morales, et installé au pouvoir la sénatrice de droite Jeanine Áñez. Sous la présidence de Mme Áñez et de son ministre du Gouvernement, Arturo Murillo, le gouvernement a réprimé les dissidents et les militants anti-coup d’État, faisant des dizaines de morts et blessant des centaines de personnes lors de massacres à Sacaba et Senkata, en Bolivie, en novembre dernier. Ils ont persécuté politiquement des personnalités du MAS, des alliés et des militants de gauche pendant toute l’année tumultueuse ayant précédé la récente élection.

La victoire du MAS est un rejet du gouvernement putschiste et raciste. Áñez a fait tomber le MAS, mais le parti et sa base diversifiée de partisans se sont soulevés et ont gagné.

Les mouvements qui ont défendu la démocratie au cours de l’année passée ont amené la Bolivie à ce moment historique. Pendant plusieurs semaines en août, des manifestations massives, qui ont bloqué des routes, organisées par des groupes de paysans, d’autochtones et de travailleurs alliés au MAS ont réussi à faire pression sur les autorités pour qu’elles organisent des élections, alors qu’il y avait des mois de retard.

Après sa victoire sans conteste aux élections, le MAS entrera au gouvernement le mois prochain, ce qui amène un lot de questions cruciales.

Dans quelle mesure le leadership du parti va-t-il changer ? La crise de l’année dernière a entraîné une diversité de nouveaux leaders dans les rangs du parti. Par exemple, les jeunes leaders « cocaleros » (cultivateurs de coca) membres du MAS, Andrónico Rodríguez et Leonardo Loza, viennent d’être élus sénateurs à Cochabamba.

Comment le MAS va-t-il répondre aux critiques de la gauche ? Le vice-président élu David Choquehuanca est largement considéré comme un représentant du secteur de la gauche la plus critique du parti MAS, qui est orienté plus directement par la base populaire des organisations ouvrières, paysannes et autochtones. C’est un signe que la direction du MAS peut renforcer ses relations avec ses bases et démocratiser davantage les liens du parti avec les mouvements sociaux.

Quel sera le rôle d’Evo Morales ? Après la victoire électorale, le président élu Arce a déclaré que Morales n’aura pas de fonction dans le nouveau gouvernement, mais qu’il est le bienvenu de retourner en Bolivie depuis l’Argentine, où il s’était réfugié après le coup d’État de l’année dernière.

La droite acceptera-t-elle une défaite politique au gouvernement et dans la rue ? Le candidat à la présidence Carlos Mesa, Áñez, et l’Organisation des États américains ont tous reconnu la victoire du MAS. Cependant, le groupe de droite Comité civique pro-Santa Cruz (Comité Cívico pro Santa Cruz), le leader du coup d’État Fernando Camacho et d’autres groupes anti-MAS ont rejeté les résultats des élections. Compte tenu des actions de groupes racistes et paramilitaires dans le pays au cours de l’année qui vient de s’écouler, il est probable qu’ils continueront à fomenter des troubles en Bolivie.

Ce sont là des questions majeures qui guideront les mois à venir. Le fait qu’elles seront abordées avec le MAS au pouvoir fait toute la différence.

Le MAS s’est adapté et a surmonté des défis incroyables cette année. Il lui faudra maintenant faire face à la désastreuse pandémie, à la montée du fascisme dans le pays et à un ralentissement économique. Le MAS a un mandat historique pour mener à bien ce travail au nom de tous les Boliviens, et pas seulement de l’oligarchie et des racistes qui viennent d’être battus aux urnes.

Article d’abord paru sur le site de Counterpunch.

Traduction : le Journal des Alternatives.

Photo : via El País (gracieuseté)

À propos de Benjamin Dangl

Benjamin Dangl enseigne le journalisme en tant que chargé de cours en communication publique au Département de développement communautaire et d’économie appliquée de l’université du Vermont. Il a travaillé comme journaliste dans toute l’Amérique latine et a écrit trois livres sur la Bolivie, dont The Five Hundred Year Rebellion : Indigenous Movements and the Decolonization of History in Bolivia (AK Press, 2019).

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