Le sang de la terre - Épisode 2 - Carlos Choc (2/3)

jeudi 9 juillet 2020


Cette série balado du Journal des Alternatives vous propose de plonger au coeur des enquêtes de journalistes qui risquent leur carrière, leur sécurité et parfois même leur vie pour mettre à jour des scandales environnementaux qui affectent leurs communautés.

Dans ce second épisode, nous vous racontons la suite de l’histoire du journaliste Carlos Choc, qui a décidé d’enquêter sur les pollutions par une minière dans la petite ville d’El Estor au Guatemala. Une enquête qui a rapidement pris une tournure dramatique…

Si vous n’avez pas encore écouté le premier épisode, nous vous invitons à l’écouter d’abord avant d’écouter celui-ci !
Suite et épilogue :
Le sang de la terre - Épisode 2 - Carlos Choc (3/3)

Une création de : Marie Perrier et Meryem Bezzaz

Voix : Carlos Choc, Meryem Bezzaz (doublage) et Marie Perrier (narration)

Un grand merci à :

Carlos Choc qui a accepté de nous partager son histoire
Myriam Cloutier pour la transcription et la traduction
Marie-Do Langlois et Lazar Konforti pour leur aide pour l’entrevue avec Carlos Choc.

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Transcription

INTRODUCTION : Le sang de la terre. Une série balado du Journal des Alternatives. Épisode 2

NARRATION : Dans cet épisode, nous vous racontons la suite de l’histoire de Carlos Choc. Carlos est un journaliste guatémaltèque qui a décidé d’enquêter sur les pollutions causées par une minière dans la petite ville d’El Estor, au Guatemala. Une enquête qui a rapidement pris une tournure dramatique…
Si vous n’avez pas encore écouté le premier épisode, nous vous invitons à l’écouter avant de vous lancer dans celui-ci !

Avant de reprendre l’histoire de Carlos Choc et pour mieux comprendre les évènements qui vont suivre, il est important de revenir sur le contexte socio-politique au Guatemala.

Dans l’épisode précédent, nous parlions de la lutte du peuple Qʼeqchi, peuple Maya ancestral, qui a vu son territoire et sa population diminuer au fil des années.

Mais ce qu’il faut aussi savoir, c’est que pendant près de 40 ans, entre 1960 et 1996, le Guatemala a été plongée dans une guerre civile sanglante. Cette guerre civile tirait ses origines d’un coup d’Etat orchestré par la CIA pour se débarrasser de Jacobo Arbenz, un président élu démocratiquement. Ce dernier avait entamé une réforme agraire basée sur la nationalisation et la redistribution des terres cultivables non exploitées. Une partie des terres visées appartenaient à la United Fruit Company, une compagnie américaine détenant le monopole de la banane.

[extrait de reportages et d’actualité]

NARRATION : Pendant cette guerre civile, l’armée guatémaltèque a décimé les peuples autochtones. Elle les a déplacés, a brûlé des villages entiers, laissant, derrière elle, désespoir et désolation. Les chiffres sont sans appel : 200 000 personnes tuées et 1,5 millions déplacées. 80% des victimes étaient autochtones.

[extraits de reportages et d’actualité]

NARRATION : Toute cette violence a marqué des générations de guatémaltèques et laissé des traces profondes dans les mémoires.

Des accords de paix ont été signés en 1996 dont un visant à reconnaître les droits des peuples autochtones. Ces derniers représentent 60% de la population du pays. Le pays a également signé la Convention 169 des Nations Unies, qui stipule que les communautés autochtones doivent être consultées chaque fois qu’une décision administrative ou législative est prise.

Malgré ces accords et malgré les nombreuses dénonciations, de nombreux projets d’exploitation des ressources naturelles, en particulier miniers, continuent de bafouer les droits des peuples autochtones. Ceux-ci s’implantent sur leurs terres sans consultation, provoquant de nombreux conflits. C’est le cas notamment de la mine de nickel à El Estor, dont il est ici question.

[extraits de reportages et d’actualité]

NARRATION : Maintenant que vous comprenez un peu mieux le contexte dans lequel se déroule cette histoire, reprenons le récit de Carlos Choc.

Dans l’épisode précédent, nous vous racontions comment l’enquête menée par Carlos Choc sur la pollution du lac Izabal l’avait amené, le 27 mai 2017, à couvrir une manifestation pacifique de pêcheurs artisanaux. Une manifestation lors de laquelle un pêcheur, Carlos Maas, a été tué par un policier. Un meurtre auquel a assisté Carlos Choc et qu’il a même courageusement documenté.

CARLOS CHOC : Puis, il y a eu un moment où j’ai dû me jeter au sol. Je me suis jeté à terre. À ce moment, Carlos Maaz est également tombé au sol, un pêcheur mort entre les mains de la police. J’ai pris des photos, j’ai aussi pris des vidéos pour documenter tout ce qui se passait.
Il s’en est suivi de nombreuses menaces, par exemple des gens ont dit que les journalistes qui avaient pris des photos, qui avaient fait des vidéos seraient recherchés et pourchassés.

NARRATION : C’est à ce moment précis, juste après le meurtre, que nous reprenons notre histoire. Ce moment qui marque un tournant dans la vie du journaliste. Qui constitue pour lui le début des ennuis et d’un long bras de fer avec les autorités.
Aucun agent de police ni officiel n’est venu constater le décès de Carlos Maas. Son corps, touché d’une balle près du coeur, est resté gisant sur la route, pendant près d’une demi-journée. Jusqu’à ce que les pêcheurs comprennent que personne ne viendrait le chercher. Et qu’ils décident de se charger eux-mêmes de rapporter le corps.

Carlos Choc est alors contacté pour prendre la parole sur une chaîne de télévision nationale et rapporter les faits.

CARLOS CHOC : Plus tard, j’ai reçu l’appel d’une chaîne de télévision nationale. J’ai dû rapporter en ondes le fait qu’une personne était morte et que la police avait tiré.

[extraits du journal télé de ce jour là]

CARLOS CHOC : Par la suite, la même chaîne de télévision a interviewé le porte-parole de la police civile nationale, qui a contredit mes propos et a déclaré que les policiers n’auraient pas pu tirer des balles réelles puisque leur arsenal était conçu pour la dispersion de foule, qu’ils ne portaient pas d’arme à feu.

[extraits du journal télé de ce jour là]

CARLOS CHOC : Puis, à ce moment, j’ai réalisé qu’ils voulaient nier le meurtre d’un pêcheur.
Alors, quand ils m’ont demandé à nouveau mon rapport, j’ai expliqué à nouveau que le pêcheur manifestait, qu’il avait reçu une balle presque près du cœur, qu’il s’était fait tirer dessus avec une arme à feu.

NARRATION : Lors d’une conférence de presse tenue après la manifestation, la police nie la mort du pêcheur. Carlos Choc diffuse les images et affirme que la police ment. La police et la compagnie minière tentent d’étouffer le meurtre. Mais les photos et la documentation de Carlos sont irrévocables. Elles posent donc problème, puisqu’elles remettent en question les affirmations des autorités.

Carlos Choc n’est pas le seul journaliste à avoir couvert l’événement. Tous commencent à subir des pressions. D’abord la police commence par discréditer deux journalistes étrangères qui avaient elles-aussi assisté à la manifestation et à les criminaliser. Une campagne de diffamation s’engage sur les réseaux sociaux.

CARLOS CHOC : Il y avait des gens sur les réseaux sociaux qui faisaient de la désinformation. Ils ont commencé à dire du mal des journalistes qui venaient d’autres pays. Ils ont commencé à les montrer du doigt, à les criminaliser, à dire que ces étrangères étaient celles qui menaient la manifestation alors qu’en réalité, elles aussi ne faisaient que leur travail de journaliste. Les deux journalistes étrangères ont dû se faire évacuer, elles ont été sorties du pays.

NARRATION : La mine et les autorités s’attaquent ensuite, plus agressivement encore, à Carlos Choc et aux autres journalistes locaux qui avaient documenté le 27 mai. Tout d’abord, des hommes de main de la mine les menacent.

CARLOS CHOC : Puis il y a eu les menaces et les appels téléphoniques. J’ai dû changer de téléphone. Je me rappelle en particulier de trois appels très virulents pendant lesquels mes harceleurs ont proféré des mots grossiers et m’ont dit "si tu ne viens pas ici, on va venir te chercher". Puis j’ai commencé à m’inquiéter parce que je suis père célibataire et que c’est moi qui ai la garde de mes deux enfants. J’ai amené mes enfants chez ma sœur aînée, et je lui ai demandé de prendre soin d’eux. J’ai dû changer de résidence.
Ensuite, les menaces ont continué à s’accentuer. Une nuit, ma sœur m’a téléphoné pour me dire "Carlos, des inconnus sont venus tirer sur la maison". "Carlos, dans quels problèmes t’es tu mis".

NARRATION : Puis, en août 2017, Carlos Choc, son collègue Jerson Xitumul et six pêcheurs sont visés par un mandat d’arrêt.

CARLOS CHOC : Ce qui nous a surpris et qui a été aussi assez difficile, c’est qu’ils ont émis un mandat d’arrêt contre nous pour nous mettre en prison. Ceux qui avaient fait les dénonciations étaient des travailleurs de la compagnie CGN Pronico, de la mine.

NARRATION : Ils sont accusés de six crimes et délits.

CARLOS CHOC : J’ai reçu six chefs d’accusation, dont association illicite, incitation au crime et réunions illicites. Un total de six, je m’en souviens bien, des accusations très sérieuses, comme pour un criminel très dangereux.

NARRATION : Son collègue Jerson est arrêté le 11 novembre 2017 et expédié à Puerto Barrios. Une des prisons les plus dangereuses du pays. Les violences et les meurtres parmi les prisonniers entassés y sont affaire courante.

[extraits d’actualité]

Quand il apprend la nouvelle, Carlos Choc est très inquiet de subir le même sort. Et les menaces auxquelles il fait face se font de plus en plus pressantes. Il a peur pour lui et pour sa famille. Il craint pour sa vie. Il sent qu’il n’a plus le choix et décide alors de se cacher.

CARLOS CHOC : Je devais vraiment partir, non seulement à cause de la plainte en justice, mais aussi à cause des menaces. Cette vie clandestine, ça a été très difficile pour moi.

NARRATION : Il a dû faire le choix difficile de vivre séparé de ses enfants. De tout quitter. Un lourd tribut à payer pour avoir osé dire la vérité et rester fidèle à ses principes.

CARLOS CHOC : Je n’avais dit à personne où j’étais, pas même à ma famille. J’avais seulement demandé de l’aide à ma soeur, ma soeur m’a aidé à prendre soin de mes fils. Une situation très difficile.

En réalité, ce n’est pas une belle expérience, je ne souhaite cela à personne, ni journaliste, ni défenseur des droits humains, ni personne, car en réalité, vivre dans la clandestinité m’a rappelé le temps du conflit interne, de la guerre que j’ai subie ici au Guatemala dans les années 80-82.

NARRATION : Cette vie dans la clandestinité replonge Carlos dans les années les plus sombres du Guatemala, en pleine guerre civile, lorsque les autochtones étaient pourchassés.

CARLOS CHOC : À cette époque ils cherchaient des gens, ils les mettaient en prison et s’ils ne les mettaient pas en prison, ils les enlevaient, les tuaient ou les faisaient disparaître. C’est la situation dans laquelle je me trouvais. Je n’avais pas accès à un téléphone, je n’avais pas la possibilité de sortir ni de travailler à la radio, alors j’ai commencé à vivre en faisant profil bas.

NARRATION : Ne pouvant plus travailler, il doit peu à peu vendre tout ce qu’il possède pour subvenir à ses besoins et ceux de ses enfants. Une situation financière difficile qui vient s’ajouter au lourd fardeau porté par le journaliste.

CARLOS CHOC : Je n’avais plus d’argent, je ne pouvais plus subvenir aux besoins de ma famille, j’ai dû vendre mes affaires. J’ai dû vendre jusqu’à ma moto, mon moyen de transport.
C’était aussi assez difficile à ce moment là parce que j’ai du vendre les choses que je possédais comme journaliste, mes outils de travail. La seule chose que je n’ai pas vendue, c’est mon ordinateur parce qu’il contenait beaucoup de fichiers, il y avait dessus tout ce que j’avais documenté.

NARRATION : La situation est éprouvante. Il veut y mettre un terme.

Aidé par ses avocats, il saisi la Commission nationale des droits Humains en février 2018. Il obtient une audience et décide de sortir de la clandestinité. C’est dans la peur et le doute que Carlos se rend au tribunal le 20 février 2018. Mais aussi avec l’espoir de voir la lumière au bout du tunnel, l’espoir qu’il puisse rapidement être innocenté et reprendre une vie normale. Revoir ses proches, surtout ses enfants et reprendre le travail.

CARLOS CHOC : Puis, le 20 février 2018, je me suis présenté de façon volontaire au tribunal pour régler ma situation juridique, pour que le juge m’écoute et que le mandat d’arrêt soit annulé, parce que je n’étais pas un criminel.

NARRATION : Les pêcheurs qui ont été dénoncés par la mine se rendent eux aussi au tribunal ce jour là. Alors que Carlos est sur place avec les pêcheurs, dans la salle d’audience bondée, le juge Lopez suspend l’audience en prétextant le risque d’altercations entre les membres de la communauté mayas et les employés de la mine présents.

CARLOS CHOC : Le juge Edgar Aníbal Arteaga López a suspendu l’audience.

NARRATION : Ce que Carlos comprend alors, c’est que cette audience est en fait une manoeuvre mise en place par les autorités pour les mettre en prison. Effectivement, au Guatemala, lorsqu’une audience est ajournée en présence de la personne interpellée, celle-ci doit être incarcérée.

CARLOS CHOC : Toutefois s’il ajourne l’audience alors que je suis présent dans la salle, c’est automatiquement la prison. L’intention était de m’arrêter et de me mettre en prison en raison du matériel que j’avais collecté et ce que j’avais documenté, les photos et les vidéos sur le cas spécial du 27 mai.”

NARRATION : Comprenant le piège qui leur a été tendu, Carlos décide de quitter les lieux le plus vite possible. Mais il se rend compte que des agents de sécurité et de la police nationale civile les attendent déjà à la sortie. Ils sont là pour les arrêter.
Dans la salle, de nombreux journalistes locaux et nationaux sont présents pour couvrir l’affaire. Ses collègues l’enjoignent alors de se mêler à eux et lui remettent un dossier de presse entre les mains. Il sort de la salle, dossier de presse en main, en marchant au milieu du groupe de journalistes...et parvient finalement à se faufiler sans que la police ne le remarque. Ayant échappé de justesse à l’arrestation, il est contraint de repartir en cavale et replonge dans la clandestinité.

À suivre…

Crédits

Photo d’illustration : Carlos Ernesto Choc - Photos prises le 27 mai 2017

Musique du générique : Tyops - Suspense Crime | Sound Effect - https://freesound.org/people/tyops/sounds/402273/ (modifications apportées)

Musiques de l’épisode :

Titre : Restless Natives / Auteur : Doug Maxwell & Media Right Productions / Source : https://youtu.be/LALKLjTXYfg

Titre : Night / Auteur : Cloudkicker / Source : https://cloudkicker.bandcamp.com / Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/ / Téléchargement (4MB) : https://auboutdufil.com/?id=547

Titre : Echoes of Time v2 / Auteur : Kevin MacLeod / Source : https://incompetech.filmmusic.io/song/3698-echoes-of-time-v2 / Licence : http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

Titre : Subdivision Of The Masses / Auteur : Philipp Weigl / Source : https://philippweigl.bandcamp.com / Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr / Téléchargement (7MB) : https://auboutdufil.com/?id=506

Extraits de reportages et actualités :

Générique :

Climate justice : https://freesound.org/people/InspectorJ/sounds/485621/
Reportage sur les évictions au Guatemala : https://www.youtube.com/watch?v=Q20YxkM-CGI
Reportage sur Green Blood / Forbidden Stories : entrevue de : Laurent Richard : https://www.youtube.com/watch?v=eym0GSAnbUc
Concrètement qu’est-ce qu’on sait : extrait de "Quand la Science appelle à l’aide pour l’humanité ?" par Aurélien Barrau ttps ://www.youtube.com/watch?v=YkjZagWgrcA&t=10s

Épisode :

Reportage sur le coup d’Etat : https://www.youtube.com/watch?v=C0lJ-CMbi1U
France 24 - Guatemala : les familles des disparus de la guerre civile luttent contre l’oubli : https://www.youtube.com/watch?v=YBGf9kWrXRw
France 24 - Guerre civile au Guatemala : une justice impossible ? https://www.youtube.com/watch?v=7wUdrUHg-Vw
Collectif Guatemala - Mineria, guatemala, oro. El negocio del oro en guatemala ; cronica de un conflicto anunciado :
https://www.youtube.com/watch?time_continue=1998&v=KwcSBZvEpDk&feature=emb_logo
Chapin TV - Graves disturbios en el Estor provocan enfrentamientos : http://www.chapintv.com/actualidad/graves-disturbios-estor-provocan-enfrentamientos-105351
Nuestro Mundo - 8 fallecidos y varios heridos dejó un motín en la cárcel de Puerto Barrios : https://www.youtube.com/watch?v=AxJrbks27Pc

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