L’interdiction des pages associées à l’anarchisme sur Facebook — Et la censure numérique à venir

vendredi 30 octobre 2020, par Crimethinc

Facebook a forcé la mise hors ligne de plusieurs pages Facebook que la plateforme considère être liées à crimethinc.com et itsgoingdown.org, entre autres projets de publication anarchistes et antifascistes, officiellement sous prétexte qu’ils « soutiennent la violence ». Or cela n’a rien à voir avec des mesures contre la violence et tout à voir avec la suppression des mouvements sociaux et des éditeurs les soutenant.

Pendant des mois, Donald Trump a exigé cette répression dans une série de messages sur les médias sociaux, blâmant explicitement les anarchistes et les antifascistes pour la vague de protestation causée par la violence policière persistante aux États-Unis. Il y a dix ans, les représentants de Facebook avaient fièrement vanté leur rôle dans le soulèvement égyptien. Aujourd’hui, leur décision d’interdire les éditeurs qui couvrent l’activité des mouvements sociaux montre qu’ils veulent jouer un rôle en s’assurant que les seules formes d’activisme qui peuvent émerger sont celles qui avantagent les autorités actuelles [1].

La définition de la violence n’est pas neutre. Selon la définition actuelle de Facebook, il est légitime que la police assassine un millier de personnes par année tout en expulsant, kidnappant et emprisonnant des millions de personnes — il est légitime de lâcher des bombes sur des civils, tant que l’agresseur représente un gouvernement officiel — mais c’est de la « violence » d’empêcher un partisan du suprémacisme blanc d’agresser une foule ou de renvoyer une bombe lacrymogène fumante à la police qui l’a d’abord tirée. Supprimer la voix de ceux qui cherchent à protéger leurs communautés de la violence institutionnelle et de la violence des tenants du suprémacisme blanc est une décision intentionnelle, qui ultimement vise à normaliser la violence, à condition que ceux qui l’emploient détiennent un pouvoir institutionnel.

Le fait de regrouper les anarchistes et les antifascistes avec les milices d’extrême droite qui soutiennent explicitement l’administration actuelle est une manœuvre stratégique pour brouiller les pistes. C’est la même opération que celle qu’a menée William Barr en créant un groupe de travail du ministère de la Justice axé sur la « lutte contre les extrémistes antigouvernementaux » et qui cible aussi bien les fascistes autoproclamés que les antifascistes. Dans le cas du ministère de la Justice, cela lui permet de signaler les attaques de l’extrême droite et des milices afin d’exiger des ressources permettant de sévir contre ceux qui sont en première ligne pour défendre les communautés contre de telles attaques. Barr et d’autres membres de l’administration Trump tentent de faire la même chose aux militants de Black Lives Matter, en les associant aux néonazis et aux nationalistes blancs en tant qu’ « extrémistes à motivation raciale » (N.D.L.R. : "racially motivated extremists").

Après l’assassinat d’Heather Heyer, lors de la mobilisation Unite the Right à Charlottesville, une pression populaire énorme s’est exercée pour que les fascistes et les tenants du suprémacisme blanc soient retirés des plateformes de médias sociaux. Aujourd’hui, en revanche, la pression vient du sommet de la hiérarchie, à un moment où les mouvements de protestation ont été essentiels pour créer un dialogue national sur la violence et l’oppression de l’État. Il s’agit d’une contre-attaque de la part des personnes au pouvoir contre les sites web qui ont publié les points de vue de ceux qui se sont mobilisés contre les fascistes à Charlottesville. Ce n’est pas une coïncidence si elle survient au lendemain de la mobilisation des forces fédérales de Trump à Portland, dans l’Oregon, provoquant des semaines de conflit dans la rue, et quelques jours seulement après que les porte-parole de l’extrême droite aient fait référence spécifiquement à crimethinc.com et itsgoingdown.org dans un témoignage préparé au Sénat.

Alors que les groupes d’extrême droite continuent de s’organiser sur Facebook et de diffuser de dangereuses fausses nouvelles sur la COVID-19, Facebook a comme priorité de s’inspirer de l’administration Trump pour réprimer la dissidence. Ne vous y trompez pas, si cela ne fait l’objet d’aucune contestation, cela ne s’arrêtera pas là. Plus il sera normal pour les gouvernements de sévir contre les éditeurs qui rendent compte des mouvements sociaux, plus cette censure s’étendra à tous les secteurs de la société, et plus elle façonnera ce qu’il est possible de penser, ce qu’il est possible d’imaginer.

Si cela vous préoccupe, veuillez utiliser tous les moyens à votre disposition pour faire connaître cette nouvelle au plus grand nombre. Facebook ne devrait pas avoir à déterminer pour vous ce qui constitue un discours responsable. Ensemble, en toute solidarité, nous pouvons créer un monde meilleur, dans lequel toute personne consciencieuse n’aura pas à craindre que les fascistes, les gouvernements ou les entreprises milliardaires les menacent ou les réduisent au silence.

Article d’abord paru sur le site de crimethinc.com

Traduction  : Journal des Alternatives

Photo : Annie Spratt sur Unsplash


[1] : Voir Twitter : https://twitter.com/nickmartin/status/1296175961260482560

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