Déconfinons les esprits - Épisode 1

jeudi 2 juillet 2020


Dans la série Déconfinons les esprits, nos auditeurs·trices ont la parole. On les écoute nous raconter leurs idées et leurs espoirs sur notre monde post-pandémique, imaginer « l’après ». Une messagerie vocale internationale sur la période exceptionnelle que nous vivons !

Dans ce premier épisode, nous avons recueilli des témoignages, invitant le public à s’exprimer sur l’ampleur de la crise sanitaire. Difficile de prédire quelles seront les retombées politiques, économiques, de même que les retombées sur les mobilisations sociales tant les bouleversements sont profonds dans tous les aspects de nos vies. Mais que nous aura appris la pandémie ? Alors que nous nous déconfinons, l’heure est à saisir cette opportunité pour libérer l’imaginaire et penser aux alternatives à opposer à la reprise de l’identique.

Participez à nos prochains épisodes ! L’appel à témoignages est toujours ouvert ! N’hésitez pas à nous faire part de vos idées sur des thèmes que vous trouvez pertinents.

Exemple de thèmes :
Économie, travail, services publics, environnement, lutte climatique, agriculture, démondialisaton, technologies, solidarité, mouvements sociaux
Quelles leçons tirez-vous de la crise de la COVID-19 ?
Quel est votre espoir pour les mises en pratique de la solidarité et la lutte aux inégalités ?

Hâte de vous entendre et merci pour votre contribution !

Lien pour enregistrer un message : https://www.speakpipe.com/deconfinons_les_esprits

Conditions de dépôt de témoignages :

En participant à cet appel à témoignages, vous autorisez la diffusion totale ou partielle de votre contribution dans notre podcast. Vos témoignages peuvent bien sûr rester anonymes.

Svp enregistrez dans un environnement sans bruit de fond ni musique. Parlez de la façon la plus claire possible pour une qualité d’enregistrement optimale. Veuillez vous limiter svp à 3-5 minutes par message. Merci !

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Transcription

INTRODUCTION : Déconfinons les esprits, Épisode 1.

[Musique d’intro]

EXTRAIT 1 : En deux mois, tout s’arrête, des décisions énormes sont prises. Parce que cette crise est d’une taille, d’une dimension et d’une surprise totales.

EXTRAIT 2 : Et maintenant il va falloir aimer autre chose, inventer une autre manière de désirer.

NARRATION : Bonjour et bienvenue, c’est Déconfinons les esprits, la balado où la parole est donnée aux auditrices et auditeurs.

Il y a quelques semaines, on vous a demandé de nous envoyer vos messages audios et de vous prononcer sur le monde de l’après-pandémie. Le point de départ résidait en plusieurs questions : Quelles leçons tirer de la crise ? Quels espoirs pour le monde d’après ? Nous avons reçu de nombreux messages. Il y a décidément beaucoup à raconter sur notre temps, sur la question du demain. On a l’impression que beaucoup se joue. On a eu envie de chercher avec vous par quels bouts attraper ce saut et cette accélération qu’on est en train de vivre. On a voulu lancer un dialogue pour mieux comprendre vers où nous allons collectivement…. et où nous allons atterrir.

Merci d’avoir répondu à notre appel et d’avoir livrer vos réflexions. Nous avons reçu des messages vibrants, émouvants. Et vous avez soulevez des questions que nous-mêmes nous nous posons aussi.

Maintenant, au terme de plus de trois mois de cette crise, alors que nous nous déconfinons, les raisons de mécontentement et nos inquiétudes face aux enjeux et aux conséquences de la crise sanitaire de la Covid-19 sont multiples. S’il y a une chose que nous avons apprise, c’est que les problématiques de « l’après », elles sont contenues dans celles d’aujourd’hui et dans les automatismes (tant technologiques que financiers) propres au capitalisme.

Aussi, ces derniers mois nous ont montré à quel point la société est traversée par les inégalités, la précarité, les injustices sociales.

Comme vous, on a constaté, plus que jamais, la vulnérabilité aux chocs, à ce qui peut faire étincelle.

Puis on a été témoins de l’un des plus grands mouvements de l’histoire des États-Unis face à un racisme qui étouffe. L’écho des vidéos partagées et des chants des manifestations ont vibré bien au-delà des frontières américaines et ont confronté le Québec et le reste du monde à leur propre racisme.

On a appris que la colère face à l’intolérable ne peut plus se contenir. Des assassinats et des violences policières ne peuvent plus être passés sous silence. Nous ne tairons plus leurs noms : Eishia Hudson, Breonna Taylor, George Floyd, Chantel Moore, Rodney Levi, Rayshard Brooks …

Puis peut-être qu’on finira penser à cette crise comme une parenthèse. Ou un point de rupture. Mais à écouter vos témoignages, ce qui certain, c’est qu’elle ne doit surtout pas justifier le bafouement de nos droits.

On vous propose aujourd’hui quelques morceaux choisis parmi les messages des auditrices et auditeurs. Vous avez abordé des pistes concrètes pour traverser l’actuelle période et penser à demain. Vous avez parlé des solidarités à construire, des questionnements quant au travail et au temps dont on dispose ou on ne dispose pas. Comment s’entraider ? Comment prendre compte des inégalités ? Et aussi, comment rester alertes en mode reprise économique alors que ça peut être tentant de revenir au monde d’avant. On commence tout de suite avec un message qui nous est parvenu de Port-au-Prince, Haïti.

MESSAGE 1 :

Je vous dis bonjour ou un bonsoir. J’ai pris connaissance de vos préoccupations formulées sous forme de questionnements.

Mes éléments de réponse personnelle cependant vont être exprimés en ces 4 phrases simples dont voici la teneur.

Nous souhaiterions un retour au temps d’avant l’apparition du COVID-19, mais avec un accroissement d’humanité et de solidarité dans les relations interpersonnelles et communautaires.

Je nourris le sentiment qu’il y aura encore d’autres cas de pandémie qui surgiront au cours des prochaines années.

Il faudrait initier dans ce sens des projets communs entre chaque région et sous-région du monde pour de vraies réponses collectives dans le partage des connaissances et des expériences sur ces maladies.

Ces changements devraient prendre forme en une transformation des mentalités de notre conception de vivre ensemble. Il nous faut une rééducation de nos comportements, attitudes aux hygiènes de vie.

Certainement j’entrevois des phases d’incertitude, des doutes, en somme des craintes, quant à la possibilité que ces changements apporteront des bénéfices équitables pour tous, puisque nos sociétés sont construites sur la base de l’inégalité, d’inégalité des opportunités d’accès aux moyens de pouvoir bénéficier du bien-être dans l’accès aux soins de santé.

Merci depuis Port-au-Prince, capitale de la République d’Haïti.

MESSAGE 2 :

Allô, bonjour ici c’est Danielle Coenga, je suis brésilienne d’origine, j’habite à Montréal depuis 7 ans déjà et je suis chercheure étudiante au doctorat en science politique et études féministes à l’UQAM.

Vous me demandez quels sont mes espoirs pour l’après-COVID, pour le monde d’après. Mon espoir repose sur les valeurs féministes.

Je pense que tout ce contexte de crise sanitaire mais aussi humanitaire mondiale de la COVID me fait penser à notre interdépendance en tant que populations. Ça veut dire qu’il faut que tous les individus, toutes les personnes dans le monde, aient les mêmes conditions de qualité de vie, pour avoir nos droits respectés.

Ça veut dire que le mot d’ordre de « ça va bien aller » et « restez chez vous », c’est bien beau de dire tout ça, mais il faut penser aux conditions inégales, aux conditions de précarité. On n’est pas vraiment tout le monde dans le même niveau. Alors quand on dit « ça va bien aller », moi je me pose la question : ça va bien aller pour qui ? Et quand on dit « restez à la maison », on dit bien... quelle maison ? C’est pas tout le monde qui a une maison, c’est pas tout le monde qui a un travail qui nous permet de rester à la maison, de faire le télétravail...

Qu’est-ce qu’on fait pour les populations où on dit « lavez vos mains » ? Il y a vraiment plus de la moitié de la population mondiale peut-être qui n’a pas vraiment l’accès à l’eau potable, aux conditions d’hygiène nécessaires pour se garder en vie, pour se garder en sécurité normalement et maintenant dans le contexte de la COVID, ça veut dire que les personnes, elles sont dans une situation plus précaire et qu’elles sont plus à risque.

Alors mon espoir pour le monde, c’est qu’on comprenne que les conditions de précarité elles sont partagées différemment dans nos sociétés et qu’il faut qu’on travaille pour toutes les vies elles comptent et que pour tout le monde ait le droit une belle vie avec des conditions d’existence.

MESSAGE 3 :

Bien sûr, pas tout le monde ont les mêmes ressources. Mais pendant la crise sanitaire, on a vu beaucoup beaucoup de partage, et j’espère que ce sont des valeurs que nous allons garder et que nous allons exiger, que ce soit transformé dans les gouvernances et dans les politiques des gouvernements, c’est-à-dire de conserver ce que nous avons et de lutter contre la surconsommation à tous les niveaux

J’ai des craintes aussi : on voit comment le gouvernement est complètement au service des intérêts privés, des intérêts financiers.

On déconfine trop vite et en même temps le gouvernement propose de passer une loi qui va étendre l’état d’urgence pendant un autre 2 ans et qui va permettre au gouvernement de déroger et suspendre tous tous tous les droits qui nous protègent au niveau des conditions de travail, au niveau de l’environnement...

Malheureusement, c’est vraiment un exemple de ce que Naomi Klein appelle le capitalisme de désastre, mais quand même on a vu des mobilisations révolutionnaires avec le Black lives matter, la victoire des personnes sans statut, travailleurs et travailleuses migrants au Québec.

Alors tout ça, ça nous démontre que peu importe la situation, on va continuer de lutter pour une planète saine et pour les valeurs comme la solidarité, l’égalité et la dignité.

MESSAGE 4 :

Le monde d’après le confinement est-il meilleur ? En France comme ailleurs dans le monde, la machine qui communique est relancée pour vendre à nouveau des voitures, les frontières sont ouvertes pour que les touristes remplissent à nouveau les hôtels, les restaurants, visitent les monuments historiques.

J’ai pensé comme d’autres que le confinement, la pandémie allaient nous ouvrir collectivement les yeux, pour produire autrement, voyager autrement, vivre autrement. Et puis en ce mois de juin 2020, j’ai des doutes. Je vois la vie se remettre en place sensiblement comme avant pour que le temps perdu, la consommation, la production soit rattrapée au plus vite. Alors un monde d’après différent, n’est-ce qu’une jolie histoire sans lendemain. J’espère que non.

Il faudra bouleverser les rapports de force dans le sens des priorités. Cela devra passer par les mouvements sociaux, politiques, par l’intelligence des peuples, par des prises de conscience. En restant lucides on peut raisonnablement être optimistes pour l’avenir tout de même. Changer de paradigme aurait consisté à ne plus placer la personne humaine au centre de toutes choses. Donner à l’homme une place à la fois plus modeste et plus fondamentale dans son environnement. Puiser aussi bien dans la culture amérindienne que chez Spinoza, pour remettre en cause la centralité, le caractère unique de l’être humain par rapport au reste de la nature. Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué la dernière rivière, pêché le dernier poisson, ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas.

Et pour finir il faut dire aussi qu’il existe un virus à combattre, plus grand, plus dangereux que le COVID, plus meurtrier que le COVID : c’est le virus du racisme.

MESSAGE 5 :

Bonjour, je m’appelle Peter. Je dois avouer que la pandémie fait beaucoup réfléchir, mais même avant la pandémie on pensait beaucoup à toutes les choses qu’on peut changer pour améliorer le monde. Ce n’est pas seulement la pandémie qui a amené ça, mais ça fait partie du quotidien de ceux qui ont... ceux qui ont de l’espoir je pense, pour un monde meilleur, qui ne se satisfont pas de la simple situation présente.

Personnellement, je sais que j’ai beaucoup réfléchi, au temps de travail, à la semaine de 40 heures. Et la pandémie a prouvé encore plus que l’on pouvait diminuer encore et encore ce temps de travail-là. Et vraiment se permettre de s’accorder un temps de repos à cause que pour tout le monde qui a travaillé 40 heures /semaine, tout le monde réalise très très vite que seulement 2 jours par semaine de repos, c’est insuffisant. Si on prend l’horaire très stéréotypé, très classique du lundi au vendredi de 9 à 5 : on rentre le soir on est fatigués, il y a plein de choses à faire. Si on est un parent, on est débordés encore plus. Même quand on est seuls sans enfant.

Un des indices qu’on peut voir, c’est justement quand il y a une fin de semaine de 3 jours, tout le monde vire fou à cause que ça arrive tellement rarement, on vire fou, on veut tellement en profiter, selon moi c’est un indice qu’on doit vraiment se permettre plus de temps de repos et réduire le temps de travail.

La pandémie a vraiment montré qu’il y avait seulement que quelques emplois, quelques activités économiques qui étaient nécessaires. Et si on réfléchit un peu, je suis certain qu’on peut trouver une manière de se concentrer sur celles-ci. Évidemment, il faudrait en avoir un peu plus des activités et tout, mais il y a tellement d’emplois qu’on pourrait juste supprimer à cause qu’ils n’ont aucune pertinence autre que pour une activité économique dans un principe de croissance, pour créer des besoins ou autres… Voici ma petite réflexion, merci de m’avoir écouté. Bonne journée.

NARRATION : Je termine en prenant le temps de vous remercier pour vos messages. Et en vous rappelant que notre appel à vos témoignages, analyses et cris du coeur audios demeure toujours ouvert. Vous pouvez en tout temps nous laisser un message. Vous trouverez le lien pour le faire sur le site web du Journal des Alternatives dans la section podcasts (https://journal.alternatives.ca). On garde contact et on vous revient avec d’autres épisodes. À bientôt !

[Musique de fin]

EXTRAIT 3 : Ce virus a plus d’hommes noirs que de représentants de n’importe quel autre groupe démographique aux États-Unis.

EXTRAIT 4 : We are not going back to where we were before this started. We are seeing all of what I described as the shock doctrine in the past. [Traduction libre : Nous ne reviendrons pas au point où nous étions avant que cela ne commence. Nous sommes témoins de tout ce que j’ai décrit auparavant comme étant la stratégie du choc.]

Crédits

Extraits de reportages et actualités (jingle d’intro et de fin) :

EXTRAIT 1 :
Bruno Latour répond aux questions des lecteurs de "l’Obs" à l’occasion d’une master class confiné
https://www.youtube.com/watch?v=cpeiIA1GGOM&t

EXTRAIT 2 :
Le goût de M #17 Paul B. Preciado (2/2)
https://www.lemonde.fr/podcasts/article/2020/05/29/paul-b-preciado-cette-crise-du-covid-19-a-invente-un-nouveau-corps_6041125_5463015.html

EXTRAIT 3 :
(Philosopher au présent )Invité, Norman Ajari (Etats-Unis) : Comorbidité
https://www.youtube.com/watch?v=hv3zg9bn804&t

EXTRAIT 4 :
Naomi Klein on what happens next after the coronavirus crisis
https://www.youtube.com/watch?v=3Idbra2lP44

Musique :

Musique originale composée par Verseau/Verseau

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